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dimanche 16 janvier 2011

Les Vikings


Aux Origines des Vikings
Dès le VIe millénaire av JC, des troupes de nomades sillonnent le Danemark et la Norvège, toujours en quête de terrains de chasse. Les Vikings savent construire des canoës légers facilement démontables et transportables. Ils servent à pêcher et à chasser le phoque et la baleine. Autour de -4000, un peu peuple d'agriculteur s'impose. Le renne domestiqué effectue des travaux de force et complète l'alimentation. Vers -3000, la métallurgie se développe, perfectionnant ainsi les outils et développant les bijoux. L'effondrement de l'empire romain, permet l'expansion des tribus venues d'Asie. D'intenses migrations ont lieu. Originaires du Danemark, les Angles et les Jutes s'installent en Bretagne. Les Vikings mettent sur pied des relations commerciales, qui tirent sa richesse du commerce des peaux. Tous les Vikings constituent le même peuple. Ils parlent la même langue (le norrois), ont la même religion et le même type de société.



La Suède est née au VIIe siècle de la réunion des Gota et des Svear. Ce pays est dirigé par un roi et tire sa puissance du commerce. La Norvège se crée au IXe siècle. Tous les royaumes se réunissent sous la bannière du roi Harold. La date de création du Danemark reste floue. Toutefois en 800, le roi Godfred attaque Charlemagne. Ceci tend à prouver qu'à cette époque le Danemark était assez fort pour attaquer un si puissant empire. Au début du IXe siècle, la population scandinave se met à développer considérablement. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène : la modification du climat qui se fait plus doux et la polygamie qui multiplie les naissances. Toutes ces raisons poussent les Vikings à franchir les frontières du pays natal.


Les Norvégiens à la conquête du monde
Les Norvégiens côtoient les côtes de l'Ecosse et de l'Irlande. Ils attaquent et pillent les monastères. Ils jouent sur l'effet de surprise. En mars 899, Thorgsil conquiert l'Irlande, fonde la ville de Dyflinn (Dublin) et s'y fait couronner. Les Irlandais se rallient aux Danois, qui viennent de débarquer. Les deux pays se livrent une guerre pour l'Irlande, mais les Norvégiens l'emportent et fondent un grand royaume recoupant l'Irlande, l'Ecosse et l'île de Man. En 1000, le chef irlandais Brion Boroembe chasse les Vikings et reconquiert son pays.



La soif de conquête des Norvégiens est sans limite. Leurs razzias s'étendent sur toutes les côtes de la Manche jusqu'au Portugal. En 843, ils attaquent Nantes et remontent la Loire mettant le pays à feu et à sang. En 844, ils sont en Espagne et au Portugal. Ils poussent même jusqu'en Afrique.
Vers l'an 815, Floki de Rogaland s'installe en Islande. A ce premier établissement, une gigantesque migration se déclenche. Plus de 10.000 colons débarquent sur l'île en 60 ans. Les conditions de vie sont très similaires à celles de la Scandinavie. Aux petites communautés du départ se succèdent quatre royaumes fédéraux dirigés par une assemblée générale (l'Althing). Toutefois, l'Islande devient vite étroite pour les 60.000 habitants de l'île.



En 982, Erik le Rouge accusé de meurtre, est exilé d'Islande pour trois ans. Allant vers l'Ouest, il découvre le Groenland. Aussitôt des colons embarquent pour cette nouvelle terre. Cependant, les Norvégiens y mènent une vie misérable. Outre les peaux, il n'y a que très peu de matière première. La population composée de 3.000 personnes disparait petit à petit jusqu'au XVe siècle. En 992, le fils d'Erik le Rouge, Leifr quitte le Groenland et se dirige encore plus vers l'Ouest. Il découvre bientôt une terre aride et glaciale. En redescendant vers le sud, le climat se fait plus doux. Il baptise cette terre Markland. Pour la première fois, les Vikings sont confrontés aux Amérindiens Des colons s'installent, mais la maladie et l'hostilité des indigènes vient à bout des colons, qui préfèrent repartir.


Les Danois à l'assaut de l'Occident chrétien
En 834, les Danois attaquent la frontière de l'Empire Carolingien affaibli par son partage. Une flotte de plusieurs centaines de navires remontent l'Elbe. Le roi de France, Charles II le Chauve avait réussi jusque là à maintenir les Danois hors de son royaume par des négociations, mais cela ne suffit plus. En 878, les Danois remontent la Seine. En 885, ils sont aux portes de Paris. Le roi est parti faire là guerre en Italie, c'est le Comte d'Eudes qui gardent la ville avec 200 chevaliers. Les Danois s'acharnent durant des semaines, mais la ville résiste. Tant et si bien que les Vikings installés sur les rives doivent se résoudre à un siège. A la fin de 846, le roi est de retour avec des renforts. La ville est épargnée après des combats et des négociations. Le siège de Paris est l'occasion pour Eudes de renverser Charles II le Chauve et de se proclamer Roi de France.


A la faveur de leurs différentes attaques, les Vikings finissent par s'installer sur tout le cours inférieur de la Seine. Rollon est leur chef. Charles III le Simple, le nouveau roi signe avec lui le traité de Sainte Clair sur Epte, par lequel Rollon reçoit là Neustrie (Normandie). Ainsi devenu vassal, il se doit de défendre son territoire et de faire respecter l'autorité du roi de France. Raoul, Duc de Bourgogne renverse le roi et ravage les terres normandes. Alors, les Scandinaves devenus les Normands ripostent. La paix est signée et la Neustrie est agrandie. Le Duché de Normandie s'organise autour de Rouen et de Bayeux. Les Francs et les Vikings se mélangent facilement. Ces échanges sont favorisés par l'adoption générale du christianisme.

A partir de 835, les Danois font des attaques incessantes en Angleterre et établissent des colonies. Alfred de Wessex, roi d'Angleterre tentent de leur résister. Il parvient à reprendre Londres et libère une grande partie du pays. La fin du siècle est une période difficile pour les Danois en Angleterre. Ils sont attaqués à la fois par les Anglais et les Norvégiens, et menacés chez eux par la Suède. En 927, le roi Edouard Ier reprend la ville de York. Pris au piège, les Danois s'allient aux Anglais contre les Norvégiens. Le 13 novembre 1002, le roi anglais Aetherld ordonne la mise à mort de tous les Danois. Le Danois Svein ordonne de violentes représailles. En 1009, les Danois se rendent maître de l'île, mais les fils de Svein laisse s'effondrer le gouvernement et perdent le pays en 1035.


Les Suédois et la route de l'Orient
Vers la fin du IXe siècle, le Suédois Rurik prend le pouvoir dans la ville de Novgorod. Peu à peu, il dirige tout le pays. Son successeur, Oleg prend Kiev et annexe l'Ukraine. Il y développe le commerce et fait prospérer le pays. Pour se garantir d'éventuelles attaques, les Suédois jalonnent leurs itinéraires de camps retranchés et de comptoirs fortifiés.



En 907, Oleg est en vue de Constantinople à la tête de 86.000 hommes. Pris de panique, les Byzantins acceptent un traité commercial et verse un tribut important. Toutefois, l'extension suédoise n'est pas achevée. En 963, Sviatoslav, petit-fils d'Oleg défait le grand Kahn, ainsi que les troupes bulgares. Il meurt quelques mois plus tard dans une embuscade. Vladimir son fils repousse les bulgares et consolide l'empire russe naissant. La conversion de Vladimir au christianisme coupe les relations avec la Suède restée païenne.


Navigateurs et commerçants
A l'origine, les bateaux vikings ne comportent pas de quille et peuvent uniquement naviguer sur les fleuves. Ce n'est qu'au VIIe siècle que les Vikings introduisent la quille pour obtenir une stabilité et une poussée directionnelle, dressent un mat et hissent une voile. La silhouette de forme symétrique permet au bateau de faire des marches arrières sans difficulté. Malgré les prouesses techniques, les naufrages sont fréquents. Pourtant, les Vikings continuent sans relâche de sillonner les océans. Ils se transmettent les informations relatives aux courants et aux atterrages. Ils utilisent de véritables outils de navigation, indiquant la hauteur du soleil ainsi qu'une sorte d'astrolabe. Ils ont une certaine connaissance des astres.



Les Vikings sont autant des guerriers que des commerçants. Au fil de leurs conquêtes, ils achètent les épices et la soie d'Orient, l'or du Danube, le vin du Rhin et les armes des Francs, en échange du poisson, du miel, des peaux, du bois et de l'ivoire de morse. Les marchands se regroupent dans les villes et forment des guildes chargées de les protéger contre le pouvoir royal. Les Vikings n'ont pas de monnaie propre avant le Xe siècle. Ils utilisent les monnaies étrangères. Les Vikings créent le long des côtes des comptoirs fortifiés avec à leur tête un gouverneur. À côté des marchands se développe un riche artisanat.



Quand ils restent chez eux
La société scandinave est divisée en trois grandes classes. En bas, les esclaves sont des serfs, des prisonniers de guerre ou des hommes déchus de leurs droits suite à une condamnation juridique. Ils doivent avoir les cheveux courts et les enfants ont le même statut que leur mère. L'influence du christianisme va quelque peu adoucir leur condition de vie. Les hommes libres, propriétaires de leur terre ont une position sociale plus enviable que la plupart des paysans d'Europe. Ils ont le droit de porter une arme et de faire appel à la justice. A mesure que se développe la société, elle se diversifie. Il y a par exemple les artisans et les marchands. Les chefs et les rois sont élus par une assemblée (le Thing) et sont responsables de leurs actes devant leurs électeurs. Ils possèdent le pouvoir exécutif et religieux. Le Thing détient le pouvoir législatif et judiciaire. Il est composé des hommes libres ayant un domicile fixe. Les assemblées ont lieu deux fois par mois.



La famille Viking est littéralement soudée dans une extraordinaire solidarité. L'honneur y occupe une place primordiale et les règlements de comptes sont fréquents. Les Vikings vivent le plus souvent dans des fermes ou dans de grandes maisons communes. Elles sont de taille longue et allongée. Le toit est couvert de chaume, voire de gazon maintenu par des pierres plates et fait penser à un bateau. Toutes les activités (domestiques, industrielles, artisanales) se regroupent dans la maison. Elle vit en autarcie. Tout est fabriqué et produit sur place. Les grandes fermes possèdent leurs forges privées.



Les Vikings ont appris très tôt à exploiter les mines de fer. Souvent itinérant le forgeron offre ses services aux villages ou aux fermes. Sinon, il travaille en atelier et vend ses objets sur les marchés.





Les Dieux et les héros
La religion des Vikings est polythéiste. Les dieux résident à Asgard. C'est une forteresse au centre de laquelle pousse un frêne toujours vert nommé Yggdrasil. Trois dieux règnent. Tout d'abord, Odin le roi de la guerre chevauchant son cheval à huit jambes Sleipnir. Ensuite, Thor dieu de la foudre portant son marteau et Freyr dieu de la fertilité. Autour de ces dieux gravitent une quantité de dieux secondaires, d'elfes, de démons et de génies.



Les rites du culte s'insèrent dans les occupations de la vie quotidienne, mais l'acte le plus important reste l'acte collectif. Celui ci se déroule dans les forêts et dans les clairières. Il n'existe pas chez les Vikings de prêtres professionnels ne se consacrant qu'aux tâches religieuses. Le père de famille peut très bien remplir cette fonction. Le culte se traduit par des offrandes, de grandes fêtes et de sacrifices d'animaux voire d'êtres humains. Les Vikings établissent de véritables relations avec leurs dieux. Ils traitent avec eux leur demandant un service. Ils attendent que celui ci soit exaucé en échange d'offrande.



Les récits des dieux et des héros ne transmettent que par voie orale. Cette tradition constitue une caste de poètes et de conteurs, qui jouissent d'un important statut social et sont le plus souvent aux services des princes. Il n'y pas de textes écrits avant le XIe siècle et ils sont souvent l'œuvre des moines irlandais. C'est donc par ce biais que nous sont connues les bases de la civilisation viking.




"En franchissant le seuil d'une maison, observe avec soin toutes les issues, car nul ne sait sur quel banc se tapissent ses ennemis."
Proverbe viking





SOURCE

Texte : COHAT, Yves : Les Vikings

Image : myspace.com

lundi 3 janvier 2011

Les Templiers

Les pauvres chevaliers du Christ
Le 15 juillet 1099, Jérusalem tombe aux mains des croisés lors de la Première croisade. L'avancée rapide des Arabes et l'impossibilité qu'ont les chrétiens de venir en pèlerinage sur le tombeau du Christ, lève l'indignation dans toute l'Europe. Des marées humaines avec l'accord du pape se mettent en route. La création du Royaume de Jérusalem n'a pas sécurisé la région.

En 1118, le champenois Hughes de Payns regroupe ses compagnons au sein d'un ordre appelé les pauvres chevaliers du Christ. Ils se donnent pour vocation d'assurer le service et la défense des pèlerins. Leurs services sont très appréciés et Baudouin II leur donne le temple de Salomon comme quartier général. Ils prennent ainsi le nom de templiers.

En 1128, Hughes de Payns se rend à Rome pour solliciter du Pape une reconnaissance officielle et établir une règle propre à leur vie. Un concile se réunit le 13 janvier 1129 à Troyes. L'ordre est divisé en grade militaire. La tenue est réglementée : une robe blanche. La croix rouge viendra plus tard. A la tête de l'ordre se trouve le maître. Il est le garant des règles. Il est assisté d'un conseil et de son lieutenant, le sénéchal. Les templiers sont des chevaliers, qui assurent une mission de protection. Le reste du temps, ce sont des moines qui respectent le serment de pauvreté, de chasteté et la prière.


Gens d'épée et gens d'église
Les templiers sont implantés à Jérusalem, Tripoli, Antioche, ainsi que dans un grand nombre de provinces occidentales. Chaque confrérie a à sa tête un maître. Leur nombre augmente, grâce aux donations. A la fin du XIIIe siècle, on compte 9.000 commanderies en Europe dont 3.000 en France.

Les commanderies d'Europe sont avant tout des exploitations agricoles, dotées de chapelles. Les commanderies fortifiées se trouvent essentiellement en Espagne et au Portugal. Les souverains espagnols ont fait appel aux templiers pour se protéger de la menace sarrasine. Les constructions élevées en Orient témoignent toutes du caractère prioritairement militaire de l'ordre. Des villes entières sont parfois confiées à la surveillance du Temple. C'est au XIIe siècle que sont bâties les forteresses comme Châtel-Pelerin.

La vie des templiers se présente sous deux aspects, qui sont d'ailleurs l'un et l'autre familiers de la société féodale. Ceux en Orient ont une fonction militaire, puisqu'ils protègent les pèlerins et participent même à des batailles. Ceux en Occident sont des exploitants, veillant aux récoltes et font parvenir leurs vivres aux commanderies d'Orient. Leur vie quotidienne est copiée sur le modèle cistercien basé sur l'austérité dans le bâti, le vêtement et accordant une grande place au travail de la terre.


La défense de la Terre Sainte
La chute d'Edesse en 1144 marque le début de la seconde croisade, dirigée par le roi de France Louis VII et l'empereur Conrad III, mais pour diverses raisons celle ci échoue. Louis VII perdu en Syrie décide de se mettre sous la protection du Temple, qui l'aide à organiser sa retraite.

Très tôt, les templiers sont accusés de mener une politique personnelle. En 1168, l'ordre refuse de s'associer au roi de Jérusalem contre l'Egypte. Ils s'opposent aux hospitaliers fondé en 1113 et ayant les mêmes prérogatives. Vers 1185 alors que les Etats Latins d'Orient sont menacés par Saladin, le Flamand Gérard de Richefort devient le nouveau grand maitre du Temple. C'est un chevalier errant venu en Terre Sainte pour y chercher la gloire et l'argent. Il affronte les armées musulmanes à Caral. Son armée est encerclée et Saladin massacre tous les templiers, mais laisse la vie sauve à Gérard de Richefort. Il est accusé d'avoir causé cette défaite. Il est ratier de l'ordre. C'est Robert Sable, un proche de Richard Cœur de Lion, qui le remplace. Les templiers sont au côté du roi d'Angleterre lors de la troisième croisade. Ils prennent également part à la campagne menée par le roi de Jérusalem en Egypte.

Lors de la sixième croisade menée par Frédéric II, les templiers sont en conflit avec l'Ordre des Chevaliers Teutoniques, un autre ordre remplissant les mêmes fonctions. Tous leurs membres sont allemands et servent l'empereur. Les deux ordres sont en concurrence, d'autant plus que Frédéric II a été excommunié. Avec les hospitaliers, ces deux ordres ont des conquêtes politiques et territoriales, se traduisant par des alliances avec les divers royaumes latins.

Les templiers s'allient à Saint Louis lors de la septième croisade. Le roi de France est capturé, puis libéré contre une rançon. Il se remet en route, libère des forteresses, renforce les royaumes en cassant des traités passés entre les templiers et le sultan de Damas. L'ordre du Temple y gagne une réputation d'orgueil et d'insubordination. Saint Louis repart en 1254. A partir de cette date, les conflits avec les hospitaliers reprennent. Ils sont renforcés par les deux puissances maritimes italiennes. En effet, les templiers sont soutenus par Venise et les hospitaliers par Gênes. En 1280, la situation des Etats Latins d'Orient est désespérée. Les Mamelouks ont repris l'ensemble des territoires. La réunion des deux ordres arrive trop tard et ceux qui ne sont pas enfuis, sont massacrés.


Vers la ruine du Temple
Fin XIIIe siècle, les templiers ne sont plus présents au Proche Orient. Ils ont donc perdu leur vocation de protection des pèlerins, contrairement aux hospitaliers, qui se sont reconvertis dans la gestion des hôpitaux et l'aide aux malades. Leur impopularité grandit de jour en jour. Ils sont exempts de toutes taxes, échappent à la justice séculaire et possèdent de nombreux domaines. Par ailleurs, les pèlerins au moment de leur départ, confient leur argent aux templiers contre des échanges en bon du trésor. Cela permet aux pèlerins de disposer de numéraire sans le transporter avec soi. Les templiers sont devenus des banquiers et des financiers. Le Temple de Paris recueille les finances royales. Il est l'ancêtre de la Chambre des Comptes. En 1295, une partie du Trésor est transporté au Louvre et mis sous la gestion de banquiers florentins.

Le 13 octobre 1307, tous les templiers de France sont arrêtés par ordre de Philippe le Bel. Cette opération est préparée de longue date et tenue secrète. Trois milles commanderies sont investies par les baillis et les sénéchaux, le même jour et à la même heure. Le roi de France sait qu'il n'a rien à craindre du Pape. Bertrand de Got est institué le 5 juin 1305, sous le nom de Clément V. C'est un français, archevêque de Bordeaux. Le nouveau pape refuse de rester à Rome, déchirée par des rivalités politiques. Il évite d'ailleurs de justesse un attentat. Il prend la décision de déplacer la cour pontificale en Avignon.


Les templiers au bûcher
Dès le départ, les templiers sont accusés d'outrages à la personne du Christ et de rites obscènes. Ils adorent Baphomet, une ancienne divinité païenne. Philippe IV envoie des lettres dans toute l'Europe pour inciter les autres monarques à arrêter les templiers. Il ne reçoit aucune réponse. Seuls les templiers résidants en France sont inquiétés.

Les templiers sont mis à la question. Sur 138 membres, 38 meurent et seulement trois avouent les faits. Le 17 octobre 1307, Clément V réunit les cardinaux et assure les templiers de sa protection. Néanmoins, un mois plus tard, il change d'avis et ordonne l'arrestation de tous les templiers. Il déclare que l'affaire doit comparaitre devant les tribunaux ecclésiastiques. Le 25 mars, le roi convoque les Etats Généraux à Tours et obtient la poursuite du procès. Le pape envoie des cardinaux chargés de refaire les interrogatoires. Ces derniers confirment les aveux. Clément V décide avec Philippe IV de créer des commissions spéciales.

Le 26 mars 1309, Jacques de Molay, grand maitre du Temple, comparait. Il nie les faits et réfute sa déposition. Le 11 mai 1311, 54 templiers sont condamnés à mort. Le 16 octobre, un vaste concile se réunit à Vienne dans le comtat Venaissin, pour régler l'affaire, mais le roi interdit aux templiers de s'y rendre. Quant à lui, il demande la suppression de l'ordre. Clément V entérine cette décision et ordonne que les possessions des templiers reviennent aux hospitaliers. Philippe IV ne peut pas mettre la main sur cet héritage comme il l'avait espéré. Le 22 décembre 1312, Clément V délègue ses pouvoirs à trois cardinaux profrançais. Ces derniers prononcent la condamnation à mort des grands dignitaires de l'ordre.

La mort du pape, le 19 avril 1314, puis celle du roi, le 20 novembre bouleverse le peuple. Ainsi nait la légende de la malédiction de Jacques de Molay. Nulle part en Europe, les accusations de Philippe IV sont relevées. L'ordre dissout les membres restants rejoignent d'autres confréries.



" On accusait les templiers de réunir tous ce que l'on reprochait à ces deux professions : les débauches, la cruauté du guerrier et l'insatiable passion d'acquérir qu'on impute à ces grands ordres qui ont fait vœu de pauvreté."
Voltaire


Source
Texte : PERNOUD. Régine : Les Pauvres Chevaliers du Christ
Image : rennes-le-chateau-archive.com

mardi 28 décembre 2010

Les cathares

La chrétienté de l’An Mil
Autour de l’an Mil, un appétit neuf de religiosité émerge, ouvert sur une redécouverte du message du Nouveau Testament, de l’idéal de l’Eglise primitive et de la promesse du salut. C’est de la recherche spirituelle passionnée au sein du peuple chrétien que monte la figure de l’hérétique. Elle est le résultat de l’imaginaire des moines, qui se sentent concurrencés par plus religieux qu’eux, ou d’un paroxysme dans les mouvements évangéliques charismatiques du temps.
Un anticléricalisme populaire existe. Des hommes et des femmes, unis dans leur volonté de se conformer au seul modèle des apôtres et à la seule loi de l’Evangile, rejettent les excroissances de l’institution Eglise, ses sacrements non fondés en Ecriture, ses pratiques superstitieuses, le laisser aller des mœurs de son clergé paroissial, comme les prétentions temporelles de ses prélats. Ces chrétiens exigeants contestent l’humanité du Christ et donc le sacrement de l’eucharistie, qui est au centre des pratiques catholiques, et ils concurrencent l’Eglise en célébrant un baptême par imposition des mains.


Les églises cathares européennes
Vers 970, le prêtre bulgare Cosmas consacre un traité aux multiples aberrations théologiques de ceux qu’il nomme les Bogomiles. Ces derniers ont une lecture duale de la Bible. Le monde, création de Lucifer, est empreint de mal.
Au XIIe siècle en Rhénanie, des hommes se faisant appelés l’Eglise des apôtres, sont condamnés à Cologne. Ils ne reconnaissent pas le caractère humain du Christ. Ils remplacent l’eucharistie par une simple bénédiction du pain. Les pêchés sont révoqués grâce à un sacrement de baptême, par imposition des mains. Comme les Bogomiles, ils pratiquent leur initiation chrétienne en deux étapes d’enseignement théologique. Ils calquent leur vie sur celle des apôtres et prétendent constituer la véritable Eglise. Pauvres et non violents, ils dénient tout caractère d’authenticité à la grande Eglise puissante et opulente, dont les Pères se sont écartés de la voie du Christ.
Le terme « cathare » fait référence à une secte antique de manichéens et de chatistes, des sorciers adorateur du chat. Il apparaît dans les textes d’un religieux de Rhénanie, Eckert de Schönau. Le terme se généralise, en 1848, avec l’ouvrage de Charles Schmidt intitulé Histoire et doctrine de la secte des cathares.
Quelques mois après les condamnations de Cologne, Bernard de Clairvaux prend la tête d’une mission de prélats, afin de poursuivre et confondre le moine Henri. Ce dernier prêche aux foules méridionales un évangélisme non conforme. Au milieu du XIIe siècle, cet évangélisme est déjà fortement présent dans les villes, où des communautés placées sous la protection de la petite noblesse empreinte d’anticléricalisme sont présentes.
En 1167 à Saint Félix en Lauragais, une assemblée des Eglises hérétiques européennes se réunit sous la présidence d’un dignitaire bogomile en la personne de l’évêque Nicétas. L’Eglise du Toulousain est à la base de l’initiative de la rencontre. Les communautés occitanes et leurs conseils d’Eglise élisent des évêques. Nicétas confère un baptême de l’Esprit à tous les chrétiens, mais il est surtout venu pour prêcher la nécessaire indépendance des Eglises vis à vis des autres. En Italie, l’Eglise cathare se scinde en plusieurs groupes, tandis qu’en France elle reste unie.


Le temps de grâce de l’hérésie
Dès 1145, la mission de Bernard de Clairvaux en Albigeois et Toulousain, révèle les fortes tendances de l’aristocratie et des villes à l’anticléricalisme. Cette petite et moyenne noblesse détourne à son profit les redevances destinés à l’Eglise. Les prélats ecclésiastiques et les monastères constituent pour eux des rivaux politiques. Ils se vengent en favorisant dans leurs cours de nouvelles valeurs. Ils considèrent avec ferveur cette autre Eglise chrétienne. Une Eglise intellectuellement correcte, qui n’exige aucune dîme, travaille pour vivre et se détache des affaires séculières. Les femmes y trouvent leur intérêt, car le sacerdoce leur est accessible. En Occitanie, le christianisme cathare apparaît comme une manière distinguée de faire son salut. Le soutien de la noblesse empêche les autorités catholiques de mener des répressions physiques.
Le catharisme s’est autant diffusé par le haut que par le bas. Les maisons cathares s’ouvrent dans les bourgs, anticipant la pratique des Ordres mendiants. Leurs religieux peuvent circuler librement et la liturgie est en langue vernaculaire et non en latin et se fait en public. Chacun peut constater par lui même que les religieux et religieuses suivent avec rigueur le modèle des apôtres. Les communautés religieuses sont visitées chaque mois par un diacre, qui administre une liturgie de pénitence collective. Les diacres sont désignés par la hiérarchie épiscopale de chaque Eglise, elle même administrée par un conseil composé de l’évêque et de ses deux coadjuteurs.
Les religieux cathares porte la parole biblique au sein des foyers. Ils lisent les textes des évangiles. Ils insistent particulièrement sur le dualisme de l’univers. Les Hommes sont des anges tombés dans les prisons charnelles de ce monde mauvais, qui n’est pas la création de Dieu. A leurs yeux, ce n’est ni pour souffrir, ni pour mourir sur la croix que Jésus est venu sur Terre. Il devait rappeler aux anges, l’amour du Père pour ses anges. Les apôtres avaient pour mission de diffuser ce message d’éveil destiné à tous les hommes. Avant de regagner le ciel, le Christ enseigna aux hommes les préceptes de la loi de vie : refus de la violence et du mensonge et les gestes du sacrement assurant le salut. Les religieux cathares de part leur austérité de leurs mœurs apparaît comme les plus à même de garantir le salut, principal préoccupation du peuple.
Dieu n’a aucun pouvoir, ni responsabilité dans ce monde, qui n’est pas le sien. Après l’apocalypse, toutes les âmes délivrées du mal s’envoleront au paradis. Rien de visible ne peut évoquer la volonté de Dieu. Ils ne bâtissent ni temple, ni chapelle et encore moins des châteaux. Seuls le cœur est l’Eglise de Dieu. C’est une vision positive de l’avenir et qui rationalise les choses. Les cathares ne se préoccupent pas des affaires du siècle, qui n’ont finalement aucun lien avec la volonté divine.


L’alliance du pape et du roi de France
Au milieu du XIIe siècle, les autorités catholiques se dotent d’un véritable arsenal juridique de répression et d’exclusion. Désormais, les cathares sont systématiquement poursuivis et condamnés. Le concile de Reims de 1157 organise les persécutions. Les bûchers apparaissent. A Toulouse, les cathares reçoivent l’appui du comte Raymond VI et les inquisiteurs ne peuvent plus intervenir. Le frère Dominique décide de reconquérir les consciences en prêchant dans l’humilité et dans la pauvreté.
Au concile de Latran de 1215, Innocent III définit le cadre strict d’une orthodoxie et d’une communauté de fidèles, en dehors desquelles s’étendent les ténèbres et l’exclusion. Saisissant le prétexte de l’assassinat de son légat Pierre de Castelnau à Toulouse, il appelle à la croisade contre les hérétiques. Les combats durent de 1209 à 1229. Le Pape aidé par les armées royales, mettent à mal les forces comtales et brûlent de nombreux hérétiques. L’établissement à Toulouse et à Carcassonne d’une nouvelle dynastie comtale soumise à Rome. En 1224, Amaury de Montfort cède tous ses droits sur le Languedoc au roi de France. En 1229, Raymond VII s’engage à obéir au roi et à combattre l’hérésie en démantelant ses places fortes.
Si le Languedoc est devenu français, le catharisme n’a pas disparu. Au contraire, il s’est renforcé par la gloire des martyres. Seulement, l’Eglise cathare ne reçoit plus le soutien de l’aristocratie locale. Le tribunal de l’Inquisition chasse les cathares tombés dans la clandestinité. Ce tribunal ne dépend que du Pape. Il fonctionne comme un confessionnal itinérant et obligatoire. Escortés de soldats. Secondés de scribes et de notaires, les juges interrogent toute la population adulte, encourage la délation. L’Inquisition tue peu, optant davantage pour la confiscation des biens. Seuls les prédicateurs sont condamnés au bûcher.
Le comte de Toulouse tente de se défaire de sa soumission au roi de France. Il cherche l’appui du roi d’Angleterre et de la population. En 1242, des franciscains et des dominicains sont assassinés à Montségur. Le pays sombre dans la révolte. Louis IX parvient à les écraser et le comte doit renouveler son serment de fidélité. Il meurt en 1249.


L’élimination du catharisme
Au tout début du XIVe siècle, une petite Eglise se reconstitue en Gascogne. Elle bénéficie du soutien de nombreux croyants au sein de la population. L’initiative en revient Pierre et Guilhem, deux notaires d’Ax. Les deux hommes s’activent à susciter des vocations, à enseigner, à ordonner de nouveaux religieux. Les inquisiteurs répondent par des opérations massives de police. L’un après l’autre, les derniers cathares sont capturés et brûlés. Ainsi s’éteint le catharisme. Il ne reste plus que sur ces terres un fort sentiment anticlérical.



« D’eux-mêmes ils disent : Nous, pauvres du Christ, errants, fuyant de cité en cité, nous souffrons la persécution avec les apôtres et les martyrs ; pourtant, nous menons une vie très sainte. »
Evervin de Steinfeld


Source :
Texte : BRENON. Anne : Les Cathares pauvres du Christ ou apôtres de Satan ?
Image : lionsdeguerre.com

jeudi 23 décembre 2010

La Route de la soie


Le temps des ambassadeurs
Lorsque la soie arrive à Rome, les Romains ignorent totalement son origine. Pour eux, cette matière vient des Sères un peuple du Moyen-Orient. Comme la pourpre et le verre, la soie est un produit de luxe. Servant d'abord d'ornement, puis utilisée pour recouvrir des coussins, elle est ensuite employée à la confection de vêtements. Ce produit de luxe est jugé décadent et est interdit plusieurs fois par le sénat romain, sans réel succès.

Avant de ravir les Romains, le précieux tissu faisait l'admiration des nomades Xiongnu qui parcourent les régions du Nord de la Chine et contre lequel l'Empereur construit la Grande Muraille. Les périodes de paix sont l'occasion d'échange de cadeaux, parmi lesquels se trouve de la soie. Les Xiongnu la revendent à d'autres tribus et ainsi de suite. Par ailleurs, l'extension de la Chine en -140, contribue à agrandir les routes commerciales.

Dès lors, des missions diplomatiques sont envoyées vers l'Empire Parthe, le Golfe Persique et l'Inde. A côté des fonctionnaires se glissent des personnes parfois peu recommandables. Il n'est pas rare que les présents soient dérobés. Les échanges entre la Chine et les autres royaumes se font sous forme de tribut et combinent la diplomatie, le commerce et la stratégie militaire. Par ailleurs, des marchands accompagnent les ambassadeurs. Les Chinois connaissent vaguement l'existence des Romains. En 97, une expédition est organisée pour les rejoindre, mais l'Empire Parthe au milieu, les en empêche.


Le temps des pèlerins
La route de la soie permet également la diffusion des religions et notamment celle du bouddhisme. Né en Inde au Ve siècle av JC. Cette religion se diffuse progressivement en Chine, où se côtoient déjà le taoïsme et le confucianisme. Cette religion s'est probablement répandue d'abord chez les étrangers installés en Chine. Il s'agit des marchands et des ambassadeurs. Certains sont des émigrés venus d'Inde ou du Pakistan. Ce sont en général eux qui traduisent les premiers textes en chinois.

Le besoin de recourir aux textes originaux est à l'origine des grands mouvements de pèlerinage vers l'Inde. Les pèlerins parcourent les mêmes routes que les marchands. Xuongzang reste pour les Chinois, le modèle du pèlerin. Cet érudit est entré au monastère à l'âge de douze ans et a étudié le bouddhisme et la philosophie. Il parcourt l'Inde pendant dix ans et revient chargé de livres, de statues et de reliques. A partir du IXe siècle, le bouddhisme entre en décadence en Chine. En 843, sa proscription est ordonnée par l'Empereur Wuzong. La Chine connaît à cette époque une période de repli dû à l'émergence de puissants royaumes comme le Vietnam. Cette proscription touche également les autres religions étrangères, qu'il s'agisse du mazdéisme, du manichéisme ou du nestorianisme qui viennent tous trois de Perse. A la différence de ces religions, l'Islam qui s'introduit en Chine au VIIIe siècle, possède de profondes bases dans la population, même s'il ne touche que des minorités.


Le temps des marchands
Les Arabes succédant aux Parthes continuent de jouer le trait d'union entre Orient et Occident. Les voyageurs ouvrent ou développent des routes maritimes dans le Golfe Persique, l'Océan Indien et la Mer de Chine. Le commerce maritime semble trouver un nouvel envol avec la fondation de Bagdad en 762, la capitale de l'Empire Abbasside. En effet, les échanges sont encouragés par les fastes de la cour et le goût du luxe.

L'itinéraire le plus répandu est le suivant. En partant de Bagdad, les voyageurs remontent le Tigre jusqu'au Golfe Persique, puis gagnent les Maldives et l'Inde, contournent le Sri Lanka avant d'arriver à Canton. Ce trajet demande huit mois. Les marchands ne repartent donc qu'une fois leur marchandise remplacée par des produits locaux. C'est ainsi qu'à Canton vit une forte communauté arabe, sous l'autorité d'un chef responsable devant les autorités chinoises et inversement à Bagdad.

Les Chinois ont développé une police douanière très présente, visant à contrôler les flux et à les taxer. Les progrès effectués dans le domaine de la navigation ont certainement leur part dans l'extension de la Chine à cette époque. Les Chinois utilisent la boussole dès le XIe siècle. Les Arabes la reprennent et inventent au XIIIe siècle l'astrolabe.

Tout s'échange sur les marchés. La soie est un article important pour les Arabes. Les céramiques sont en plein essor. La porcelaine prend peu à peu une place capitale. Alors que le trafic par mer n'a cessé de se développer, les routes terrestres n'ont pas connu jusqu'à alors un essor si important. Les croisades seront un des éléments moteurs du renouvellement de ces itinéraires. Ce sont les cités italiennes, qui assurent la correspondance entre Byzance et le Proche Orient. Des comptoirs italiens se construisent tout le long des côtes. Deux raisons paraissent pousser les marchands occidentaux à rechercher de nouveaux débouchés vers l'Orient. D'abord le renchérissement des marchandises précieuses. Les risques dus au voyage conduisent les marchands à associer leurs capitaux dans des entreprises communes. L'autre raison est l'unification des peuples de l'Asie sous l'influence des Mongols, qui établissent une paix relative dans les régions d'Asie centrale.


Marco Polo
Marco Polo est issu d'une famille de marchands vénitiens. En 1271, il part avec son père Nicolo et son frère Maffeo. Le voyage se fait par terre. Partant de Layas, ils traversent l'Arménie et se rendent à Ormuz capitale des Mongols. Là il rencontre l'empereur Kubilaï. Ce dernier confie à Marco Polo une mission diplomatique, chose courante chez les Mongols. Marco Polo a l'avantage de connaître quatre langues : l'italien, le turc, l'arabe et le persan. Sa fonction est celle d'un inspecteur voire d'un agent de renseignement. Il est envoyé en Chine et en Inde. Par la suite, l'empereur lui confie la tâche de gouverneur de Yuangzhou.

C'est durant ses missions, que Marco rédige des commentaires sur ce qu'il voit. Il insiste énormément sur l'économie et le commerce. Il est surpris par l'utilisation du papier monnaie utilisé par les Mongols, ainsi que par le réseau de relais. Ceux ci permettent d'acheminer les messages, mais servent aussi d'étapes aux voyageurs. Ce système déjà utilisé par les Chinois, remonte au IIIe siècle av JC. Il est repris et développé par les Mongols. Marco Polo reste au service de Kubilaï un peu plus de dix sept ans. L'empereur lui confie comme dernière mission d'escorter par la mer les envoyés du seigneur d'Arghun. Le convoi part de Quanzhou, s'arrête à Sumatra et arrive en Iran. Une fois cette mission achevée, les Polo repartent pour Venise. Ils traversent la Turquie et embarquent à Constantinople. Ils arrivent à Venise en 1295. De retour à Venise, Marco Polo reprend une vie normale de marchand. Il se marie et fait prospérer son entreprise. Il meurt en 1324.

La légende de Marco Polo prend vie au XVIe siècle quand ses récits sont édités. Ceux ci sont rédigés en 1298, lors de sa captivité à Gênes, au moment des guerres entre les deux cités. Il y rencontre Rusticello de Pise, grand écrivain de cour. D'abord écrit en français, ils sont ensuite traduits en latin et en italien. Ce récit d'aventures, à la fois reportage ethnographique et recueil de fables, prend sa place parmi les livres des merveilles, où rêve et réalité se mêlent. Marco Polo se présente plus comme un conteur que comme un marchand. Il est inspiré par la tradition des bestiaires et des légendes médiévales. L'originalité de Marco Polo, réside dans le fait, qu'il est le premier marchand européen à rédiger le livre de ses voyages. Grâce à cela et à d'autres sources, les historiens sont capables de mieux cerner les relations diplomatiques et économiques entre l'Inde, la Chine et la Mongolie.


Le temps des missionnaires
Au XIIIe siècle, les hordes mongoles ont déferlé jusqu'au Danube. Peu à peu la panique des occidentaux cèdent la place à un effort pour nouer des contacts. En 1245, le Pape Innocent IV envoie des missionnaires chez les Mongols, pour tenter de conclure la paix et les convertir. Ces négociations se passent souvent très mal, les Mongols désirant la soumission des grands monarques occidentaux. Les choses finissent par se tasser d'un point de vue politique.

Les valeurs chrétiennes se répandent dans l'Empire mongol. Les missionnaires religieux rédigent eux aussi de nombreux livres, qui sont de véritables études ethnographiques, politiques et juridiques. L'Empire mongol n'a pas de religion officielle et est assez tolérant vis à vis des autres croyances. En 1283, Jean de Montecorvino part en Mongolie puis en Chine. Il fonde à Pékin une communauté où il prêche. A tel point que la Papauté le nomme évêque de Pékin en 1313. Toute l'agitation qui s'est développée depuis le XIIe siècle dû aux missionnaires et aux marchands, diminue au siècle suivant. Plusieurs causes expliquent ce phénomène. Tout d'abord, l'Occident est ravagé par les épidémies. Ensuite, l'affaiblissement de l'Empire mongol qui tend à se diviser en plusieurs royaumes, empêche de voyager sereinement. En Chine la nouvelle dynastie au pouvoir les Ming, tend à fermer ses frontières.


Le temps des navigateurs
A partir du XVe siècle, les Portugais se lancent à la découverte du monde et cherchent d'autres voies pour se rendre en Chine. C'est le cas de Christophe Colomb et de Vasco de Gama. Entre 1405 et 1433, les Chinois ont lancé eux aussi plusieurs expéditions maritimes notamment vers l'Afrique. Ils sont en avance dans le domaine de la navigation, surtout à cause de l'architecture de leurs bateaux. C'est ainsi que les Chinois étendent leur influence dans tout l'Océan Indien et au Proche Orient.

Les premiers Portugais arrivent en Chine en 1513. Cette expédition a pour but de passer outre l'influence arabe. Néanmoins, les relations sino-portuaises sont houleuses et les Portugais préfèrent se tourner vers le Japon. Les découvertes des Portugais améliorent les connaissances géographiques relatives à l'Asie, mais celle de la Chine reste encore obscure. Il faudra le travail du jésuite Matteo Ricci pour venir à bout de ce problème. Le fait de compléter parfaitement les cartes met fin aux explorations en Asie et seuls les marchands continuent d'emprunter toutes ces routes.


" La route de la soie a été la route de la science "
Michel Serres


Source
Texte : DREGE. Jean Pierre : Marco Polo et la route de la soie
Image : metiers.free.fr

lundi 20 décembre 2010

Saladin

Pouvoir et famille
Saladin est issu de la famille des Ayyoubide, qui est au service de Zanki, un prince turc, dont la principauté se situe en Syrie. Il naît en 1138 à Tahrit en Irak. En 1152, son oncle Asad el Din Shirkûh le fait venir à la cour d’Alep. Son oncle est un homme de confiance de Nur el Din, le successeur de Zanki. Saladin apprend le métier des armes durant les campagnes militaires d’Egypte dans les années 1160.

Le 26 mars 1169, Al-Adid le calife d’Egypte est rétabli par Nur el Din et nomme Saladin vizir, qui est soutenu par les Kurdes majoritaire dans l’armée. Saladin prête hommage à la fois à Nur el Din, dont il est le serviteur et au calife de Bagdad, dont il est le vassal. Il fait venir les membres de sa famille et notamment son frère Turanshah, son père Ayyub et son neveu Taqi al Din. Le territoire d’Egypte est ainsi partagé entre les membres de la famille, sous forme de concessions foncières.

En septembre 1171, Saladin dépose le calife du Caire, déjà gravement malade. Ses frères s’occupent de réprimer les révoltes en Haute Egypte. Par la suite, il lance une politique d’expansion territoriale, visant à assurer des positions de repli en cas d’offensive de Nur el Din. Taqi al Din part vers la Libye et Turanshah vers le Yémen. En 1174, Nur el Din meurt. Saladin libéré de toute tutelle, se lance à la conquête du Moyen Orient. Son but est d’unifier les territoires musulmans nécessaires pour lutter contre les croisés. Chaque province conquise est confié à un membre de sa famille.


Le prince
Saladin s’efforce durant son règne d’effacer l’image de l’usurpateur et du destructeur des Fatimides descendant de Mahomet. En ce sens, il entretient la fonction d’un calife dans la plénitude de ses pouvoirs : réception d’ambassadeur, parade, gouvernement.

Saladin s’est toujours fait passer pour un fidèle serviteur de Nur el Din en lui rendant hommage et en le faisant figurer sur les pièces de monnaie. Il se pose comme le tuteur du fils de Nur el Din. Il épouse sa veuve, Ismât al Din. Il revêt la robe noire des Abbassides, mais sa couleur personnelle demeure le jaune. Toutefois, les incessantes campagnes militaires ont réduit le cérémonial de cour.

Au XIIe siècle, les fastes du palais du Caire font place aux austères citadelles, synonyme d’un Islam menacé et de palais assiégé. En 1176, débutent les travaux de la construction de la citadelle du Caire encadrant toute la ville. De plus, Saladin n’aime pas le luxe. Il préfère rester dans son palais de vizir, plutôt que de s’installer dans le palais califal. Il ne fait pas construire sa propre résidence. Deux ans plus tôt, il avait déplacé sa capitale à Damas, mais il n’entreprend aucune construction. Saladin est en fait un militaire et préfère la vie de camp. Sa tente est immense et partagée en plusieurs pièces.


Le guerrier
Lorsqu’il accède au pouvoir en 1169, Saladin cherche d’abord à consolider ses positions en Egypte, puis à étendre sa domination en Syrie et en Mésopotamie. Les affrontements avec les Francs n’ont lieu que lorsque ceux ci perturbent l’accomplissement de ses projets. Il s’agit de renforcer l’axe reliant les deux parties de l’Empire. Dans l’absolu, Saladin préfère signer des trêves lui garantissant ses positions.

En 1186, Saladin a reconstitué l’unité du monde musulman. Les Etats Latin d’Orient bloquent les débouchés méditerranéens des provinces syriennes. Les milieux religieux lui reprochent de plus combattre les musulmans que les chrétiens. La rupture de la trêve par Renaud de Châtillon seigneur d’Outre Jourdain, sert de prétexte pour lancer une campagne militaire. Déjà en 1182, ce dernier avait lancé une expédition pour prendre la Mecque. Saladin s’empare des terres de Renaud de Châtillon. De son côté, Gui de Lusignan roi de Jérusalem décrète la mobilisation générale. Les deux armées se rejoignent sur les collines de Hattîn au matin du 4 juillet 1187. Saladin remporte une magnifique victoire. Il fait prisonnier Gui de Lusignan et Renaud de Châtillon et s’empare de la croix du Christ. Le 9, il prend Acre, puis au cours de l’été Beyrouth et Jaffa. Seule Tyr résiste. Le 4 octobre, Saladin pénètre dans Jérusalem et bannit les symboles chrétiens.

En 1190, la Troisième Croisade est déclenchée. Les Francs débarquent à Tyr et entame le siège d’Acre. Malgré les efforts de Saladin, la ville est prise. Son armée est trop épuisée pour affronter celle de Richard Cœur de Lion. Une trêve est conclue en 1192. Les Croisés regagnent les positions côtières se situant entre Acre et Jaffa. Les pèlerins chrétiens peuvent se rendre librement à Jérusalem.


La gestion d’un empire
Saladin est un prince extrêmement mobile. Plus souvent en conquête dans les provinces étrangères que dans les siennes. Il se tient au courant grâce à une armée de secrétaires, dont le plus célèbre est Al Qadi al Fadil. Il possède également des espions et parlent souvent aux marchands. Il n’a guère parcouru l’Egypte, se contentant de connaître Le Caire et le delta du Nil. Il connaît mieux les villes de Palestine.

Saladin veut marquer son règne par la restauration de l’Islam et du sunnisme. C’est pourquoi, il s’efforce de renvoyer une image de piété et de rigueur, en renonçant à la boisson et en respectant les prières et les jeûnes. En revanche, il n’effectuera jamais le pèlerinage jusqu’à la Mecque. Il favorise l’implantation des madrasas, ces institutions où l’on délivre un enseignement de droit islamique, servant à former les élites politiques et religieuses. Les chiites posent des problèmes à Saladin. Possédant plusieurs forteresses, les Assassins reprennent leurs pratiques extrémistes et menacent la vie du Sultan. Les juifs et les chrétiens sont obligés de porter un signe distinctif et leur culte est interdit en public.


Le système de propagande
Sous le règne de Saladin, le djihad connaît son apogée et sert à justifier la plupart des opérations militaires, tant contre les croisés que contre les musulmans. Saladin reprend en grande partie le programme de Zanki et de Nur el Din. L’unification du monde musulman comme préalable à toute attaque d’envergure contre les Etats Latins d’Orient, justifie les campagnes du sultan en Syrie et Mésopotamie. La conquête de Jérusalem apparaît comme le but final. Une fois la ville prise en 1189, Saladin s’efforce de lui redonner son rang de ville sainte pour les musulmans. Saladin meurt à Damas le 3 mars 1193, à l’âge de 55 ans.




"Un grand homme comme lui ne peut être qu'un chrétien qui ne sait pas qu'il l'est."
Richard Cœur de Lion


Source :
Texte : MOUTON. Jean Michel : Saladin le sultan chevalier
Image : themecca.tripod.com ; Civilization IV

mercredi 8 décembre 2010

Les Mongols


Gengis Kahn : le fondateur
Les Mongols apparaissent pour la première fois, dans des textes chinois datant du VIIIe siècle. Ce sont des tribus nomades occupant le cours supérieur de l'Amour dans l'actuelle Mandchourie. Ils pratiquent une religion monothéiste où s'insèrent des rites chamaniques.

Au XIe siècle, ces peuples se séparent en deux. L'un descend en Chine et fonde la dynastie des Leav. Les seconds entrent en Mongolie et prennent les terres de manière pacifique aux Turcs de moins en moins nombreux. Les Mongols vivent dans l'anarchie, sauf lorsqu'un chef réussit à réunir tous les clans et familles. Ces derniers réussirent à former un empire avec à sa tête un Kahn, mais face aux pressions tartares et chinoises, celui ci s'effondre en 1161.

En 1155, naît Temudjin. Yesügeï son père est le chef du clan des Quyat. A neuf ans, Temudjin épouse Börte. L'année suivante, son père est assassiné. Sa famille et lui sont bannis. Temudjin va rejoindre sa belle famille. Un jour, les Merhit enlèvent sa femme et s'enfuient dans les montagnes. Accompagné de l'ancien ami de son père Toghril, il réunit des hommes. Il combat Merhit et libère sa femme. Plus tard, elle lui donne un fils prénommé Djötchi. En 1196, une diète se réunit et il devient empereur des mongols sous le nom de Gengis Kahn. Ensuite, il rédige le Yasaq, un code politique et moral. Toutefois, il est de plus en plus contesté. Pour recréer l'unité, il déclare la guerre en 1199 au Naiman, puis trois ans plus tard aux Tartares. Tout comme la religion ne tolère qu'un seul dieu, le royaume terrestre ne peut avoir qu'un seul roi. De ce fait, Gengis Kahn et Toghril se retrouvent ennemis. Le second est battu et tué. En 1206, il n'a plus que deux ennemis politiques, qui finissent par faire la paix. Ainsi Gengis Kahn règne sur toute la Mongolie.

Les années suivantes sont consacrées au renforcement des frontières. En 1215, il déclare la guerre à la Chine. Malgré une longue préparation, ses armées piétinent au pied de la grande muraille. Il finit par la percer et deux ans plus tard, il prend Pékin. Il donne cette nouvelle province à son bras droit Djebe, avant de partir pour l'Iran. En 1220, Boukkhara la capitale tombe, puis c'est au tour de Samarkand. Le Shah décède la même année. Son fils le roi d'Afghanistan, souhaite continuer la lutte. Les Mongols répondent de manière sanglante. L'armée mongole continue son avancée à l'Ouest, et bat les Géorgiens, puis les Ukrainiens. Face à ces ennemis, les Polonais demandent l'aide de la Russie. Ces derniers acceptent. Le 31 mai 1222, les Russes sont battus. Ensuite, les Mongols battent les Bulgares, avant de se retirer en Grèce. Gengis Kahn meurt le 12 août 1227.


Les successeurs
Pendant trente ans, les Mongols connaissent victoire sur victoire et étendent considérablement leur empire. La Grèce est totalement conquise en 1236, le Tibet annexé en 1250. Les guerres contre la Chine reprennent. A l'Ouest, les révoltes en Iran et dans le Caucase sont écrasées. En 1236, Batu fils du Kahn Djötchi part à la conquête de l'Europe Orientale. Les Turcs se rallient aux Mongols. Les Bulgares sont de nouveaux écrasés. Les Russes préfèrent se battre, mais ne font pas le poids, seule la ville de Novgorod résiste. Les Mongols se tournent alors vers l'Ukraine.

Le reste de l'Europe s'inquiète de ces armées dévastant tout sur leur passage. L'empereur allemand, Frédéric II prépare ses troupes. En 1241, les Mongols déferlent sur la Pologne, puis en Hongrie et en Croatie. En 1243, fatigué, Batu fait demi-tour. D'autant plus que les forêts européennes ne permettent pas le développement de la cavalerie légère. C'est alors, que les puissances occidentales entrent en contact avec les Mongols. Des franciscains, puis plus tard des marchands comme les Polo, sont envoyés comme ambassadeur. Certains d'entre eux se mettent pour un temps au service du Kahn.

En Asie, les Mongols reprennent leur conquête en Birmanie et en Chine dans les années 1250. L'Inde résiste à leurs coups et ils n'ont pas l'occasion de débarquer au Japon. Au Proche Orient, Bagdad tombe en 1258 et avec elle l'Irak et la dynastie abbasside. Chez les Francs et les Byzantins, on s'interroge. Les Mongols sont-ils des alliés contre l'Islam ou des futurs ennemis ?

L'empereur Monghna meurt en 1260. Son fils Kubilaï, roi de Chine, réunit la diète et prend le pouvoir par la force. Aussitôt son frère, Ariq Böqe fait de même. L'empire se déchire en deux et la guerre éclate. Elle est de courte durée et marque la défaite d'Ariq Böqe. Toutefois, elle reprend avec le petit fils d'Ogodaï prénommé Qardu. L'Empire vole en éclat et se divise en quatre (l'Iran, le Caucase, l'Asie Centrale, la Chine). Kubilaï reste le grand Kahn, mais ce titre ne revêt plus qu'une fonction symbolique. Il est d'avantage vu comme l'empereur de Chine et appartenant à la dynastie des Yuan. Il déplace la capitale à Pékin. En 1260, les Mongols connaissent leurs premières défaites. Les Mamelouks d'Egypte, les chassent d'Irak et de Syrie par la force.


Comment dure l'empire ?
L'empire de Gengis Kahn compte un million et demi d'hommes et dix pourcent est enrôlée dans l'armée. Les Mongols compensent leur faiblesse numérique par leur forte personnalité. Ils sont courageux endurants et excellents cavaliers. Ils ont le sens de l'ordre, de la discipline et ne combattent que pour la gloire. Les pillages ne sont faits que pour répondre aux besoins vitaux. En 1217, Gengis fait venir des ingénieurs chinois pour fabriquer des armes de siège et pour apprendre à se servir de la poudre. Contrairement aux idées reçues, les campagnes mongoles sont préparées à l'avance. Les généraux mettent en place des stratégies. Ils évitent les grandes batailles, préférant le harcèlement et les embuscades.

Les Mongols délèguent une part de leur autorité aux élites locales. Elles sont surveillées par un fonctionnaire royal. Ce qui a le plus joué en faveur des Mongols, c'est l'établissement de l'ordre, en mettant un terme aux luttes de clans. La paix encourage le commerce. De nombreuses pistes sont équipées de relais, avec de l'eau, de la nourriture et des chevaux. En Chine, les routes sont bordées d'hôtels. Ainsi l'empire connaît une intense activité marchande et bancaire, ce qui amène un afflux de richesse, permettant par la suite un essor culturel.

La justice est implacable et égalitaire. Cette égalité devant la loi plait, comme plait la sollicitude pour les plus forts, l'absence de tout racisme et la tolérance religieuse. Des hospices sont créés dans chaque ville. Les communautés religieuses sont acceptées partout. Les églises côtoient les mosquées, les temples bouddhistes et les pagodes taoïstes. Les Mongols n'ont jamais tenté d'imposer leur langue et leur culture.


La déchéance
Il existe quatre fédérations qui constituent l'empire. A l'Est, c'est la Chine unifiée par les Yuan. Elle est à son paroxysme territorial. Avec la mort Buyantu en 1320, s'ouvre une nouvelle ère de révolte et les Mongols sont définitivement chassés de la Chine.

L'Iran a renoué avec son passé et ses traditions musulmanes. Les souverains mongols n'ont plus de réelles assises sur leurs sujets. La mort d'Ilkhaneis en 1360, laisse un grand vide et plonge le pays dans l'anarchie.

Au Nord, l'empereur Mouride résiste tant bien que mal à la pression musulmane. La division règne entre le Nord et le Sud du pays. Les premiers sont proches des Mongols et les soutiennent, les seconds majoritairement citadins et plus riches favorisent l'Islam. En 1334, la partie sud rejoint l'Empire Ottoman. Le Nord n'a pas d'autres choix que de se convertir, ce qui lui permet de garder une relative indépendance jusqu'au XVIe siècle.

La Horde d'Or dans les régions du Caucase, se convertit à l'Islam et prend les mœurs ottomanes. Il y règne une profonde insécurité, (voleurs, pirates, marchands d'esclaves) à laquelle s'ajoute une terrible épidémie de peste. En 1380, les Russes se révoltent et battent les Mongols à Koulikovo. Au cours du XVe siècle, toutes les provinces se détachent une à une et rejoignent la cour de Russie. Au XVIe siècle, le Tsar Ivan le Terrible met au pas les dernières résistances.

L'empire mongol s'est aussi effondré en partie à cause des moeurs mongoles. En effet, ceux ci sont restés partagés en clans et n'ont jamais réellement cessé de s'affronter entre eux. Cependant, l'empire mongol a profondément marqué le monde. Il a modelé la Chine. L'art et la philosophie se sont enrichis. La religion musulmane et chrétienne, ainsi que le bouddhisme ont pu se diffuser librement.

Les Mongols détrônés, retournent dans leurs steppes d'origine à partir du XVIe siècle. Le développement des armes à feu met hors jeux les archers et la cavalerie légère. De ce fait, les mongols ne remporteront plus de grandes batailles et resteront hors des enjeux internationaux.


"Le plus grand bonheur du Mongol est de vaincre l'ennemi, de ravir ses trésors, de faire hurler ses serviteurs, de se sauver au galop de ses chevaux bien nourris, de se servir du ventre de ses femmes comme couche et de prendre plaisir à leur beauté."
Gengis Khan


Source :
texte : ROUX. Jean Paul : Gengis Kahn et l'empire mongol
image : historyofjihad.org

mardi 30 novembre 2010

Jeanne d'Arc

De Domrémy à Chinon
En 1400 après la mort du roi anglais Richard Cœur de Lion, époux d'Isabelle fille du roi de France, débute la Guerre de Cent Ans. Elle est menée par les Lancastre, qui ont pris le pouvoir en Angleterre. Ils espèrent trouver une légitimité à leur pouvoir en se lançant dans la conquête de la France gouvernée par Charles VI. Après s'être allié avec le Duc de Bourgogne, le roi anglais débarque en Normandie et remporte la bataille d'Azincourt. Il prend Rouen en 1415 et fait son entrée dans Paris en 1418. Par le traité de Troyes du 21 mai 1420, il obtient la main de Catherine de France et la promesse de succéder à Charles VI.

En 1422, les deux rois meurent. En Angleterre, c'est le Duc de Bedfort, frère du roi qui prend le pouvoir sous le nom d’Henri V. Il se nomme lui-même régent de France. En 1428, les Anglais décident d'attaquer Orléans, afin de contrôler la Loire et de s'emparer du fils de Charles VI retranché à Bourges.

C'est dans ce contexte que naît en 1412 Jeanne, dans un petit village de la Meuse nommé Domrémy. Elle est la cinquième enfant de Jacques d'Arc et d'Isabelle Romée. C'est à l'âge de 16 ans qu'elle commence à entendre des voix. Celles ci lui racontent dans quelle misère se trouve le royaume de France et l'exhorte à secourir le roi. Cet appel se renouvelle plusieurs fois.

En 1428 sous prétexte d'aller aider la femme de son cousin demeurant à Vaucouleurs, Jeanne va trouver le seigneur Robert de Baudincourt. Devant l'obstination de la jeune femme, ce dernier décide de lui donner une escorte, afin qu'elle aille rencontrer le roi à Chinon. Parmi l'escorte se trouve Jean de Metz et Bertrand de Poulengy, qui seront ses plus fidèles lieutenants. Elle part le 13 février 1429.

Le groupe met onze jours pour rejoindre Chinon. Un record pour l'époque, d'autant plus qu'il leur fallait éviter les soldats anglais. On annonce l'arrivée de Jeanne au roi. Ce dernier prend conseil. Faut-il recevoir et écouter cette jeune fille ? Jeanne doit attendre deux jours avant que le roi ne se décide à la recevoir. Elle lui raconte pourquoi elle est là. Le roi l'attire un peu à l'écart de la cour et lui chuchote plusieurs choses à l'oreille. Par la suite, il lui donne un logement. Toutefois, Charles VII reste prudent. Il réunit à Poitiers une grande assemblée de théologiens dans le but de savoir si ce que dit Jeanne est vrai. L'enquête dure trois semaines et se révèle positive.

Immédiatement, le roi l'envoie à Orléans. Elle part pour Tours, où elle reçoit un équipement complet et dessine son propre étendard. La voilà dorénavant chef de guerre.


Orléans
En 1428, Orléans est complètement assiégée par les Anglais. Seules les voies de communication vers l'Est sont encore libres. Jeanne arrive sur les lieux le 22 avril 1429 et rencontre le commandant en chef Jean d'Orléans. Ce dernier l'invite à rentrer dans la ville ce qu'elle fait. Elle est chaleureusement acclamée par les habitants, qui voient en elle l'espoir qu'ils avaient perdu.

Jeanne est impatiente de combattre et le fait savoir, mais Jean préfère rassembler ses forces et attendre des renforts de Blois. Une semaine plus tard, elle fait son premier combat. Les Anglais tentent de couper la dernière route. Jeanne envoie plusieurs messages aux Anglais pour leur demander de se retirer, ce qui les amusent bien. Le 6 mai, les Français s'emparent des castines les moins défendues. Les Anglais préfèrent reculer devant le nombre important de soldats français. Jeanne est présente, ce qui galvanise les troupes. Au cours de la journée, ils gagnent du terrain. Le lendemain, Jeanne reprend les combats. L'assaut a lieu sur la bastide des Tourelles, qui bloque le pont permettant de traverser la Loire. Le résultat est peu convaincant. Jeanne est blessée. Une fois remise sur pied et ses hommes reposés, elle reprend l'assaut, qui cette fois réussit.

Le dimanche, les Anglais se rassemblent, prêts à combattre. Les Français font de même. Les deux armées face à face ne bougent pas. Jeanne refuse d'attaquer un dimanche, préférant uniquement se défendre si cela est nécessaire. Finalement, les Anglais se replient. Plusieurs jours plus tard, ils lèvent le camp. La ville est libérée.


Reims
Avant d'entreprendre un voyage à Reims, il faut protéger la région de la Loire. Le roi confie le commandement à Jean d'Alençon. Jeanne est son second. La campagne débute en juin 1429. Les premiers assauts sont des victoires et les Français libèrent de nombreuses villes. Toutefois, les Anglais ne tardent pas à recevoir des renforts.

Le 17 juin, les deux armées se rencontrent à Pratoy. Les Français profitent du désordre dans les rangs ennemis pour remporter la victoire. Ce n'est qu'à la fin du mois que l'armée française se met en route pour Reims. Celle ci entre en Bourgogne, passe Auxerre et arrive à Troyes. Le roi craint chaque arrivée dans une ville, puisque le Duc de Bourgogne est un ennemi. A chaque fois, il envoie des lettres de soumission et Jeanne assure aux habitants le pardon de Dieu. Face à cette attitude, les villes ouvrent leurs portes.

L'armée est très bien accueillie à Reims le 16 juillet. Le sacre se déroule le lendemain. Les regalia sont réunies en toute urgence. Jeanne est présente lors de la cérémonie. Sa mission est accomplie. Une fois roi, Charles VII mène des négociations avec Philippe de Bourgogne et conclut une paix. Maintenant, il faut reconquérir la capitale. Le roi parcourt la Picardie. Pendant ce temps, des renforts anglais débarquent à Calais et se dirigent vers Paris. Les deux armées se font face à Senlis au mois d'août. Le 8 septembre 1429, Jeanne impatiente tente un premier assaut sur Paris. C'est un échec cuisant. Le roi apprenant la nouvelle, ordonne la retraite et retourne à Bourges.


De Saint Pierre le Moutier à Compiègne
Charles VII préfère négocier plutôt que se battre. L'ardeur de Jeanne lui fait peur. Pour l'occuper, il lui confie quelques opérations militaires sans importance. En novembre 1429, elle accompagne le Sire d'Albret et le maréchal de Broussac. Le but est d'anéantir l'armée de Perrinet-Gressalt, un mercenaire au service du Duc de Bourgogne. Le premier assaut est donné à Saint Pierre le Moutier et réussit de justesse. Ensuite, il est décidé d'attaquer sa résidence principale, c'est à dire La Charité sur Loire. L'armée installe le siège, mais doit se retirer à cause du froid. A Noël, le roi anoblit Jeanne, ainsi que ses parents et ses frères.

Le Duc de Bourgogne peu enclin à respecter la paix, rassemble ses troupes, afin de conquérir les villes de l'Oise et de Seine et Marne. Une vague de résistance éclate à Compiègne, Saint Denis et Melun. Jeanne trépigne d'impatience et rêve de partir au combat. Le roi quant à lui ne bouge pas.

Un beau jour, Jeanne décide de quitter Bourges avec deux cents hommes sans prévenir le roi et se rend à Compiègne. Elle traverse la Seine et Marne. A Melun. elle reçoit une autre révélation dans laquelle sa fin est annoncée pour la Saint Jean (24 juin). Le 23 mai, elle lance l'assaut sur Compiègne. L'attaque échoue de peu et Jeanne est faite prisonnière.

Le Duc de Bourgogne utilise la capture de Jeanne comme propagande. Elle est transférée le 26 mai au château de Beaulieu les Fontaines près de Nogon. Elle tente de s'échapper, mais sans succès. Le 15 juin, elle est de nouveau transférée au château de Beaurevoir soixante kilomètres plus loin. Elle tente une nouvelle évasion, mais toujours sans succès. Le Duc de Bourgogne reçoit 10.000 livres de la part des Anglais pour qu'il livre sa prisonnière. L'échange a lieu à Arras au mois d'octobre. Pierre Sureau le receveur général de Normandie et évêque de Beauvais, organise le procès de Jeanne avec les universitaires parisiens. Ces derniers sont depuis longtemps convaincus de l'hérésie de Jeanne. Elle arrive à Rouen le 24 décembre.


Rouen
Le procès de Jeanne est politique. Si les Anglais réussissent à prouver qu'elle est hérétique, ils pourront contester la légitimité de Charles VII. Les deux juges principaux sont l'inquisiteur et l'évêque de Rouen. Ils sont accompagnés des assesseurs, qui n'ont qu'une voie consultative. Le procès débute le 9 janvier 1431.

Il commence par le procès d'office avec enquête et interrogatoire et concerne la vie de Jeanne. Les témoignages lui sont plutôt favorables. S'ensuit le procès ordinaire, où l'on tente d'amener le coupable à la pénitence. Le procès comporte plusieurs vices de procédure. Tout d'abord, Jeanne n'a pas eu le droit à un avocat. Ensuite, elle fut considérée comme une prisonnière ecclésiastique, mais elle n'eut pas le droit à la garde à vue de ce type, moins pénible que la garde à vue de type prisonnier de guerre. Malgré tout cela, Jeanne arrive à répondre aux questions et aux accusations avec beaucoup d'intelligence. Ses réponses semblent anéantir les accusations et surtout les contradictions destinées à la confondre.

Le procès s'éternise. Au mois de mars, seul le délit d'habit est clairement reconnu. Les autres délits restent dans le domaine de l'accusation. En avril, Jeanne tombe malade. Narwich, gouverneur de Rouen ne veut pas qu'elle s'en sorte sans condamnation sérieuse et fait pression sur les juges. Le 24 mai, Jeanne est convoquée. Elle est condamnée pour hérésie. Par une sombre machination, on lui fait signer des aveux. Le mercredi 30 mai 1431, elle est mise au bûcher sur la place du marché de Rouen.

Le 15 février 1450, Charles VII entre dans Rouen qu'il vient de libérer. Il ordonne une enquête, afin de savoir si le procès a été conduit selon la loi. Après enquête, le roi la déclare innocente. Le 28 janvier 1456, il réhabilite sa mémoire et dédommage ses parents.



"De l'amour ou haine qu'à Dieu pour les Anglais, je n'en sais rien. Mais je sais bien qu'ils seront tous boutés hors de France, excepté ceux qui y périront."
Jeanne d'Arc


Sources :
Texte : PERNOUD. Régine : Jeanne la Pucelle
Image : linternaute.com

lundi 15 novembre 2010

Gengis Khan

Le premier empire mongol
La Mongolie est occupée par des tribus nomades sur lesquelles ne s’exerce aucune domination réelle. Ces tribus sont formées de peuples de races différentes des Turcs (Naïmans, Ongüts, Kereïts, Tartares) et Mongole au sens strict du terme (Merkits, Oïrats, Tumats).

Selon la légende à la fin du XIe siècle, un chef nommé Qaidu aurait réussi à regrouper sous son autorité la plupart des clans mongolophones. Son petit fils Qabul Khan est assez puissant pour nouer des relations diplomatiques et militaires avec la Chine et avec les Tatares. C’est au cours d’une bataille contre l’armée chinoise entre 1155 et 1167, que Höelün, la femme de Yesügei neveu du souverain, donne naissance à un fils que l’on nomme Temudjin et qui va devenir Gengis Khan, le "chef suprême".


Temudjin
Yusügei est le chef de clan des Qiyat, qui fait partie des Bordjigin. Il s’est uni par fraternité avec le khan des Kereyit Toghrul. Pour sceller cette alliance, Temüdjin épouse à l’âge de neuf ans la fille de Toghrul, prénommée Börte. Plus tard, son père est assassiné.

Temudjin, sa mère, ses trois frères et sa sœur sont abandonnés par le clan et réduits à mener une vie errante et souvent misérable. Devenu adolescent, il se rend chez sa femme et se met au service de Toghrul, qui lui promet de lui rendre son patrimoine, ce qui fut chose faite. Il fallut encore lutter contre les Tartares, les Merkit et surtout les Naïman, dont le chef est Djamuqa est un ennemi de Toghrul.

En 1206, Temudjin a unifié la Mongolie et prend le nom de Gengis Khan, lors d’une assemblée plénière convoquée sur les rives de l’Onon. Cette accession au pouvoir est facilitée par l’appui du grand chaman Kökötchü, qui espère de la sorte prendre le pouvoir au travers de Gengis. Prévenue par sa mère, ce dernier fait exécuter le Grand chaman et le remplace par un autre entièrement dévoué à sa cause. Dès les premières années de son règne, il établit un code de lois, le yasak, récompense ses fidèles et organise l’armée.


Les conquêtes
Deux peuples importants en Mongolie se rallient dès 1206 à Gengis. Les Ongüt commencent par nouer des relations matrimoniales avec la famille du nouveau souverain. Les Ouïghours se font les éducateurs des Mongols et transmettent leur écriture, donnent un chancelier Tata Tonga et avec le sceau royal, les cadres d’une administration, qui permet à l’empire de se construire et de durer. Gengis demande à ses fils à apprendre à lire et à écrire.

Gengis étend sa domination de la Grande Muraille à Turfan et à Khotan. Tout cela se fait dans la paix et par diplomatie. Mais la guerre n’allait pas tarder à éclater. Les campagnes commencent par une expédition en Sibérie, dans le but d’assurer la tranquillité sur les frontières Nord. L’alliance avec les Ouïghours est peut être la cause de la guerre avec les Minyak, qui tiennent la partie orientale de la Route de la Soie, dont les Ouïghours contrôlent la partie médiane. Les conflits débutent en 1209 et dure 24 ans avec des trêves, mais sans paix véritable. Les Mongols traversent le désert de Gobi et mettent le siège devant la capitale et peuvent ainsi imposer leurs conditions : une déclaration de paix, la promesse d’une alliance appuyée par un tribut et un mariage avec des princesses du sang.

En mars 1211, Gengis convoque un conseil pour déclarer la guerre à la Chine des Kin. L’armée mongole ne parvient pas à franchir la Grande Muraille. Gengis s’empare de la Mandchourie et contourne l’édifice, mais ils sont battus par les Chinois et font demi-tour. L’année suivante, il reprend la guerre et cette fois entre dans Pékin. Il laisse le gouvernement du pays à l’un de ses meilleurs généraux Muqali et retourne en Mongolie. Muqali doit terminer la conquête de la Chine, qui sera réalisée en 1234.


La structuration de l'empire
Gengis Khan maintient une discipline stricte au sein de ses troupes, punissant toute infraction. Il développe un réseau de renseignements dans toute l’Asie, dont il sait tirer profit pour préparer et mener ses campagnes militaires. Sur le champ de bataille, il donne préférence à la victoire plutôt qu’à la bataille. Avant d’attaquer, il envoie toujours des ambassadeurs, pour demander à ses ennemis de se rendre. S’ils acceptent Gengis les laisse au pouvoir et devient leur suzerain en échange d’un tribut. Dans le cas contraire, Gengis ne montre aucune clémence.

Gengis adopte une politique de tolérance religieuse, qui réduit les tensions avec les prêtres locaux. Gengis Kahn est très proche d’un philosophe taoïste nommée Tchang-Tchouen, qui essaye de réduire les passions du souverain. En remerciement de ses conseils, il promulgue un édit le 11 avril 1223, exemptant d’impôt le maitre du taoïsme et les siens. Ce décret est la preuve de l’ouverture d’esprit des Mongols en matière de religion. D’autres édits du même genre pour d’autres religions verront le jour. Par ailleurs, il recrute souvent des étrangers, qui servent dans son armée et son administration. Il soutient les personnes méritantes et exécute les traites. Soucieux de s’ouvrir au monde, Gengis favorise le commerce avec l’Europe et la Chine et autorise le passage des marchands en garantissant la sécurité des routes.


La ruée vers l’Ouest
Un Naïman, Kütchlüg, ayant refusé de reconnaître la domination de Gengis sur son peuple, s’exile. Il prend le pouvoir à Almalik, dont le roi est un allié de Gengis. Ce dernier envoie son général Djebe pour secourir la ville. Djebe est reçu comme un libérateur et s’empare de la province de Kara Khitaï. Kütchlüng périt dans une embuscade lors de sa fuite. L’Empire mongol a désormais une frontière commune avec l’Iran.

En 1215, Gengis noue des relations diplomatiques avec le chah Muhammad. Trois ans plus tard, une caravane de marchands musulmans venant de Mongolie, est arrêtée sur la frontière iranienne et les marchands sont tous tués. Gengis envoie des ambassadeurs pour s’expliquer. Ceux-ci sont mis eux aussi à mort. C’est aux yeux de la loi mongole, un crime inexpiable. Gengis décide d'entrer en guerre.

Gengis réunit une armée de 700.000 hommes et franchit la frontière en septembre 1219. En 1210, il prend Boukhara et réduit la garnison au silence, avant de marcher sur Samarkand. La cité capitule le 17 mars. On épargne le personnel des mosquées, les membres des congrégations religieuses et les artistes.

La Transoxiane était conquise, mais les campagnes n’ont pas pacifiées la région. Les brigands et les patriotes ont pris le maquis. Le Chah s’est replié avec son armée. Gengis lance contre lui Djebe et Sübötei. Sans intendance, sans véritables connaissances géographiques du pays, les Mongols parcourent en quatre ans plus de 20.000 kilomètres. Ils atteignent le Caucase et battent les Géorgiens.

Le fils de Muhammad, Djelal al-Din, harcèle les Mongols. Il cherche à délivrer Urgentch assiégée et qui ne cède pas. Gengis comprend qu’il n’aura jamais la paix tant qu’Djelal al-Din est vivant. La campagne d’Afghanistan est la plus sanglante et la plus meurtrière. Les villes sont détruites et les habitants massacrés. Bactres est détruite en février 1211. Gengis espère ainsi dissuader toutes les futures révoltes contre lui. Il repousse l’armée de Djelal sur les rives de l’Indus. L’armée adverse est battue, mais Djelal réussit à trouver refuge en Inde. Gengis refuse de le poursuivre.
Afin de rentrer chez lui, il reprend la route de l’Afghanistan et s’emploie à pacifier le pays. En une année, le recensement est effectué, les registres rédigés, les taxes levées et les postes et relais ouverts.


Dernière campagne
A peine rentré en 1225, Gengis prépare une nouvelle campagne militaire, afin de châtier la défection des Tangut au début de la guerre du Khwarezm. Lors d’une chasse à l’hermine, il est désarçonné. On doit le relever. Il souffre de douleurs dans l’abdomen. Pendant la nuit, il est pris d’une forte fièvre. On lui conseille de se replier, mais il refuse. Néanmoins, il accepte d’ouvrir des négociations qui échouent.

Remis sur pied, Gengis reprend la tête de son armée et envahit Ningxia, la capitale Tangut. Laissant ses troupes devant la ville, il s’empare de Lanzhou et Si-Ning. Les cavaliers mongols dévastent tout sur leur passage. Le roi des Tangut Li Yan se résigne à capituler. Il se rend au camp de Gengis, mais ne peut s’entretenir avec le Grand Khan.

Gengis Khan s’éteint le 18 aout 1227, d’une hémorragie intestinale. On chante l’éloge funèbre du défunt, avant de ramener son corps en Mongolie et de l’enterrer au pied d’un arbre majestueux.



L’héritage
Gengis a quatre fils : Djötchi, Djaghataï, Ogödei et Tului. Djötchi étant mort assez jeune c’est Batu, son demi-frère qui hérite de ses droits. Les quatre frères se partagent l’empire de leur père. Batu s’accapare la partie occidentale connu sous le nom de Horde d’Or. Djaghataï règne la partie centrale et Ogödei sur les régions iraniennes. Quant à Tului, il assume le gouvernement central.

Gengis Khan laisse une grande armée (1 million d’homes) toute dévouée et encore invaincue. L’élite est composée de Mongols. Il laisse surtout l’idée, selon laquelle pour que la paix règne, il faut rassembler tous les peuples au sein d’un même empire. Comme il n’y a qu’un seul dieu il ne peut y avoir qu’un seul roi. Cette idée n’était pas nouvelle ni chez les Mongols, ni chez les Turcs. Mais jamais auparavant, elle n’a été appliquée avec une telle force, ni menée aussi loin. Les successeurs de Gengis Khan auront toujours à cœur d’achever l’œuvre de leur ancêtre en se faisant les promoteurs de la paix universelle.








"De même il n'y a qu'un dieu invisible dans le ciel, il n'y a qu'un maitre sur la terre. C'est moi, Gengis Khan."
Gengis Khan


Source :
Texte : Roux. Jean Paul : Histoire de l'Asie Centrale
Images : historiasdelahistoria.mypodcast.com; Civilization 4

vendredi 5 novembre 2010

Les Croisades


Le monde méditerranéen à la veille des croisades
Etendu de l'Inde à l'Espagne, le monde musulman tire son unité de la prééminence de l'Islam et de la langue arabe. Les villes nombreuses présentent toutes le même aspect et sont le siège d'un commerce international A la mort de Mahomet, tous les territoires relevant de l'Islam sont rassemblés sous l'autorité d'un calife. Après les Omeyyades et les Abbassides, le califat connaît un long déclin politique. Il subit la sécession des régions éloignées et doit compter avec la contestation de sa légitimité par des dissidents religieux, comme les chiites. En Afrique du Nord, les Fatimides qui sont chiites se proclament calife, conquièrent l'Egypte et fondent Le Caire.

Les Turcs convertis à l'Islam prennent de plus en plus d'importance. Leur chef Toghul-Bed de la famille des Seldjoukides s'impose au califat de Bagdad et se proclame sultan. Au milieu du XIe siècle, les Turcs se retournent contre Byzance et remportent la bataille de Montzikert en 1071. Les sultans ne parviennent pas à recréer l'unité. Les Fatimides restent indépendants. De plus en 1092, à la mort de Malik Shah, le califat se martèle en plusieurs principautés. Enfin, les multiples particularismes religieux ne font que renforcer ce phénomène.

En 1025, Byzance est à son apogée et couvre une bonne partie de l'Europe de l'Est, ainsi qu'une partie de l'Asie Mineure. L'administration avec à sa tête le basileus, forme un vaste réseau qui enserre la société. Constantinople resplendit par la beauté et la richesse de ses monuments. L'aristocratie militaire et foncière voit sa puissance diminuée par l'ascension des marchands et de la bourgeoisie. Mais la guerre contre les Turcs leur donne l'occasion de revenir. Byzantins et musulmans ont noué de forts liens économiques et culturels. Vis à vis des occidentaux, les Byzantins éprouvent mépris et méfiance.

Au début du XIe siècle, l'Occident est vide d'hommes, ses paysans sont pauvres et assujettis. La monnaie ne circule plus, la culture est cantonnée aux cours et aux monastères. La brutalité caractérise les rapports sociaux. Peu à peu la situation s'améliore. Les outils et les techniques agricoles se perfectionnent, ce qui provoque un recul de la maladie et une croissance démographique. Les villes commencent à se développer et à commercer. Des changements interviennent dans l'art de combattre Vêtus d'une cuirasse et d'un casque, les seigneurs perfectionnent leur armement. La guerre devient une affaire de spécialistes, qui nécessite un entraînement et des moyens financiers. Se développe ainsi la chevalerie, caste militaire dont les valeurs sont la force, l'honneur et le courage. Les gens d'Eglise participent parfois à l'idéal chevaleresque. L'Eglise réussit à dégager le clergé de la féodalité par la réforme grégorienne. La paix de Dieu est établie. Elle a pour but d'empêcher la guerre entre chrétiens et de lui donner une empreinte religieuse. Le chevalier devient un héros pieux défendant l'Eglise et les opprimés.

L'Occident a pour unique ciment la religion chrétienne et ses dogmes. Dans ce cadre, la Palestine et Jérusalem occupent une place importante, notamment pour les pèlerinages. Les musulmans ne s’y sont guère opposés jusque dans les années 1080, où des persécutions commencent. En 1095 à Clermont, le pape Urbain II lance un appel à tous les seigneurs occidentaux pour libérer les lieux saints. Par ailleurs, les nouvelles venant de Byzance montrent que le christianisme est en danger. De plus, c'est le seul moyen de rassembler les seigneurs occidentaux sous l'autorité d'un seul chef.


Première croisade et fondation des Etats Latins d'Orient
Urbain II ne pensait pas que son appel, serait autant suivi. Quatre grandes armées partent pour la Terre Sainte, composées de multiples nationalités. Les seigneurs désirent l'absolution de leurs pêchés et aussi conquérir de nouvelles terres. De plus, la ferveur gagne aussi les paysans, qui accompagnent les seigneurs en grand nombre. Ces derniers sont guidés par Pierre l'Ermite.

La longue marche des croisés a été marquée par des pillages, des destructions et des massacres de juifs en Hongrie et en Rhénanie. Ils arrivent à Constantinople en 1096 et Alexis Ier empereur de Byzance ne tarde pas à les faire traverser le Bosphore. En Turquie, les premières guerres commencent et sont des désastres. Le Basileus met en place le rapatriement d'un grand nombre de paysans. Les croisés expliquent cette défaite par la trahison du Basileus et dorénavant s'en méfient. Alexis Ier est obligé de négocier pour que son empire ne soit pas attaqué par les croisés. Ces derniers repartent et parviennent en Syrie en 1097. L'année suivante, Baudouin conquiert Edesse en Arménie et fonde le premier état.

Pendant ce temps, les croisés mettent le siège devant Antioche. Faute de matériel, ils ne peuvent pas la prendre d'assaut. La ville finit par tomber à la suite d'une trahison. Les grands seigneurs se querellent sur celui qui dirigera la ville. C'est Bohémond qui l'emporte. Les croisés soutenus par la ferveur populaire, repartent pour Jérusalem. La ville est en vue en 1099. Après de longues prières et un jeun, l'assaut est lancé le 13 juin. La situation et la température ne jouent pas en faveur des assiégeants. Le 8 novembre afin de demander l'aide de Dieu, on ordonne de nouvelles pénitences. Le 15 la ville finit par tomber. Les Juifs et les Arabes sont massacrés. La ville doit être conservée et défendue. On discute sur les moyens de le faire. Godefroi de Bouillon est chargé de la protéger et de la gouverner. Il nomme son frère comme héritier.


Les Etats Latins d'Orient à leur apogée
Dans les Etats Latins, le roi est héréditaire et ne dispose pas d'appareils administratifs. La vie du royaume se concentre à la cour où se regroupent les seigneurs. Le gouvernement de chaque seigneurie est dévolu à un seigneur, qui doit tout au roi. Il a le droit de justice, de percevoir les taxes et de mobiliser des troupes. Seules les communes échappent partiellement à l'autorité du roi. Ce sont des colonies fondées à l'intérieur des villes par des Italiens, Français et Espagnols. Leurs membres appartiennent à la bourgeoisie. Ils tirent leur force du commerce, mais surtout de la marine.

La puissance des Francs est fragile, car ils ne cherchent qu'à dominer les vaincus. Un fossé s'élargit entre les chrétiens et les musulmans et entre les villes et les campagnes. Les Francs prennent la place des propriétaires musulmans et soumettent les paysans à de lourdes taxes. En revanche, ils ne changent rien au fonctionnement interne des seigneuries.

Les Francs ne montrent aucune souplesse. Ils constituent une hiérarchie ecclésiastique latine et s'adjugent les églises, ce qui ne favorise pas de bonnes relations avec Byzance, où l'orthodoxie domine Pour eux, les Francs deviennent des ennemis pires que les musulmans. L'arrivée d'émigrants, les alliances et l'hérédité des seigneuries, font que les états deviennent trop étroits pour contenter tout le monde. Une hiérarchie de la noblesse se crée, ce qui engendre une concurrence et l'émergence de puissants seigneurs capables de jouer un rôle politique important.
Au XIe siècle, deux ordres religieux se créent les Templiers et les Hospitaliers, qui sont chargés d'assurer la sécurité des pèlerins. Au fur et à mesure, ils deviennent des ordres assez puissants pour être quasi indépendants.


Zengi, Nur ed Din et l'unification de la Syrie
Dès leur arrivée, les Francs ont scandalisé par leur brutalité, leur sectarisme et leur barbarisme. A partir de 1114, toutes les villes des environs d'Antioche rejoignent Alep. En 1117, des révoltes éclatent. En 1120, l'événement décisif est le changement d'état d'esprit de la bourgeoisie d'Alep et de Damas, atteinte dans leur dignité comme dans leurs intérêts. En effet, les Francs contrôlent de plus en plus les routes commerciales. L'idéal de jihad renaît, se nourrissant d'un danger grandissant pour la religion musulmane et pour l'indépendance des musulmans.

En 1124, l'émir d'Alep est obligé de demander l'aide de l'émir de Mossoul. Ce dernier accepte à la condition que la ville soit placée sous son commandement. Cette union est dirigée par Zengi dont le principal souci est d'imposer sa puissance au Moyen Orient. Par la conquête, il parvient à s'imposer et s'empare de nombreux territoires. En 1135, il n'a pas réussi à prendre Damas, mais il a amputé les Etats Latins d'un tiers de leur surface. Par ailleurs, les Francs ne peuvent pas compter sur une aide des Byzantins. Zengi se tourne contre Edesse, qui constitue une menace pour les caravanes entre Alep et Mossoul. Profitant de l'affaiblissement de l'armée adverse, il prend la ville en 1144 après un siège d'un mois. Il ne massacre pas les habitants. Au contraire, il leur procure des privilèges. La même année, Zengi est assassiné.

Son fils Nur ed Din lui succède. Devant l'annonce de la catastrophe, une nouvelle croisade est prêchée par Saint Bernard et organisée par Louis VII roi de France et Conrad III empereur germanique. Les croisés arrivent en 1148. L'armée allemande est vite anéantie. Les Français harcelés préfèrent se rendre à Jérusalem plutôt que d'attaquer Alep, puis regagnent la France. En 1149, c'est la principauté d'Antioche qui tombe puis Damas. Toute la Syrie est unifiée politiquement et ses frontières se sont étendues.

Baudouin III, roi de Jérusalem demande l'aide de Byzance sans grand résultat. Nur ed Din ne se contente pas d'attaquer les Etats Latins, il s'empare aussi de l'Anatolie et d'une partie de l'Irak. Nur ed Din fait du jihad une théorie complète qui marque sa ligne politique, puis il y ajoute le concept de la sainteté de Jérusalem et la nécessité de rétablir l'unité politique du Proche Orient, afin d'expulser les Francs. Cette idéologie du jihad se diffuse à partir des établissements religieux. Nur ed Din refonde et renforce l'administration, l'économie et les moyens de communication. Il construit également de puissantes forteresses.

En 1164, Nur ed Din rêve de s emparer de l'Egypte et la situation le lui permet, mais c'est sans compter sur une alliance du vizir égyptien avec les Francs. Cette fois un accord est conclu avec Byzance. La guerre éclate en 1169 et les Francs doivent se retirer. L'Egypte passe à un neveu du vizir nommé Saladin, qui noue une alliance avec la Syrie. La mort de Nur ed Din le 15 mai 1175, fait de Saladin la principale force de l'Islam.


Victoires de Saladin et survivance des Etats Latins d'Orient
Saladin met neuf ans à construire et solidifier son empire. Il se heurte à plusieurs ennemis comme les Francs et les Zengides, qui tiennent Alep et Mossoul. Entre 1175 et 1180, l'avantage va aux Francs, mais de nouvelles tensions avec Byzance font basculer la balance. Victoires et défaites se succèdent. Les Francs gardent leurs villes et leurs forteresses, mais subissent des défaites au cœur de leur territoire. Une trêve est signée en 1180.

La guerre reprend un an plus tard, mais Saladin préfère en finir avec les Zengides. En juin 1183, il prend enfin Alep et s'impose comme le maître absolu. En 1182, une expédition franque a pour but d'attaquer La Mecque. Saladin l'empêche in extremis et se pose comme le défenseur de la religion. Les Francs restent groupés dans leurs forteresses et il est impossible de les en déloger. Une nouvelle trêve est signée en 1185. Saladin a besoin de temps pour mettre à profit les immenses richesses de son nouvel empire et en composer une armée qui en soit digne. Notamment, il remet sur pied une marine.

Les états Latins s'affaiblissent. Baudouin IV étant malade, des clans se forment pour prendre le pouvoir. Pourtant, le roi a confié sa couronne à Gui de Lusignan. Mais à la suite d'une rixe, il le déshérite en faveur de Raymond et de son neveu Baudouin. Ce dernier monte sur le trône sous le nom de Baudouin V et ne règne qu'un an. Gui de Lusignan écarte Raymond et se fait couronner roi. Raymond s'enfuit et tente de passer un accord avec Saladin pour recouvrer sa couronne. Profitant de ces faiblesses, Saladin reprend la guerre en 1187. Gui et Raymond se réconcilient. Les deux armées se retrouvent à Hattin. Les musulmans deux fois supérieurs, ne font qu'une bouchée des francs. Le sultan traite Gui de Lusignan en roi et épargne les prisonniers. En revanche, il fait exécuter tous les templiers et tous les hospitaliers qu'il rencontre. Par la suite, il soumet une à une les villes franques et reprend Jérusalem le 2 octobre 1187. Seul le royaume de Tyr gouverné par Conrad de Montferrat résiste avec la principauté d'Antioche. Les deux royaumes sont trop isolés pour faire quoique ce soit.

La troisième croisade démarre avec l'accord du Pape, l'Empereur Frédéric Barberousse, le roi d'Angleterre Richard Cœur de Lion et le roi de France Philippe Auguste. Accompagnés de nombreux contingents, ils partent pour le Proche Orient en 1190. Après la prise de Chypre et d'Alep, Philippe Auguste regagne la France. Richard Cœur de Lion remporte de nombreuses batailles. Le 2 novembre 1192, une trêve est conclue. Saladin garde l'Egypte, les Francs récupèrent la côte de Tyr à Jaffa. Tous les pèlerins quelque soit leur religion doivent être protégés. Les Etats Latins survivent donc. Ils sont trop faibles pour constituer un danger et en même temps trop forts pour être anéantis.

Les successeurs de Saladin, comme ceux des rois Francs, ne souhaitent plus la guerre. Toutefois, la Papauté s'obstine. Une quatrième croisade est décidée, mais elle est détournée dans des conditions complexes. Pour venir en aide aux Vénitiens, dont le commerce est perturbé par les Byzantins, les croisés attaquent et pillent Constantinople avant de rentrer chez eux.

La cinquième croisade (1217-1219) se déroule en Egypte. Les Francs espèrent échanger Jérusalem contre ce pays. Le plan est à deux doigts de réussir, mais finit par échouer à cause des ordres du pape. La sixième croisade débute au milieu du XIIIe siècle. Elle est favorisée par l'avancée des Mongols près de la Mer Caspienne. Toutefois, celle ci est de nouveau le théâtre de plusieurs scandales. En effet, elle est menée par l'empereur Frédéric II qui a été excommunié. Le 11 février 1229, il récupère Jérusalem par négociation. Cette situation ne dure guère longtemps. Innocent IV ordonne alors une septième croisade qui est dirigée par Saint Louis roi de France en 1248. C'est de nouveau un échec. Le roi est capturé et la France doit verser une énorme rançon.

C'est alors que la puissance mongole s'affirme. Hulagin fonde un état en Syrie. En 1258, il prend Bagdad et renverse le califat abbasside. Leur avancée est arrêtée par les Mamelouks en 1260. Face à cette menace, le sultan du Caire s'empare d'une part importante des états Latins. Une huitième croisade est alors engagée en 1270 pour les libérer. Celle ci est stoppée par la mort de Saint Louis devant Tunis. En 1281, les Mongols reprennent leur offensive. Ils sont de nouveau arrêtés. C'est alors que le sultan Kalaoun décide d'en finir avec les états Latins. Acre est prise le 18 mai 1291. Tout les Francs sont chassés sans espoir de retour. Seule Chypre reste aux Francs. Ainsi se termine une époque de deux siècles qui a engendré une hostilité, une méfiance et une incompréhension réciproques qui dureront plusieurs siècles.



"Jamais répondit le duc d'Auge. Je lui ai déjà expliqué que je ne voulais plus remettre les pieds dans ces bleds impossibles. Une croisade c'est beaucoup, deux c'est trop."
Raymond Queneau


Source :
Texte : TATE. George, Les Croisades
Image : thetrum-belli.com