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mardi 4 janvier 2011

Versailles


Une passion démesurée
Les rois de France pratiquent tous dès leur plus jeune âge la chasse et plus particulièrement la chasse aux cerfs. Partout en France, des châteaux plus ou moins grands sont prévus à cet effet. Versailles région très boisée, a cet avantage d'être proche de Paris. La petite ville fait partie d'une seigneurie dont le propriétaire est Jean François Gondi, héritier d'une illustre famille florentine et premier archevêque de Paris, qui en fait l'acquisition en 1575.

Louis XIII chasse à Versailles pour la première fois en 1607 et tombe amoureux de l'endroit. Il décide en 1623 de faire construire un petit pavillon. Le 28 juin 1624, Nicolas Huau termine les travaux et le roi peut y passer sa première nuit. Au premier étage se trouvent les appartements du roi et au rez-de-chaussée ceux des gardes. Le pavillon est entouré de deux ailes qui forment les communs (cuisine, armurerie. . .). En 1631, le roi achète la seigneurie pour 100.000 livres. Le château est agrandit par Philibert le Roy.

Versailles a très mauvaise réputation à la cour. Le maréchal de Bassompierre le décrit comme un "château chétif duquel un simple gentilhomme ne voudrait point prendre vanité". Ce sentiment s'explique en grande partie par le terrain qui reste tout de même très marécageux. Louis XIII s'y rend assez souvent pour chasser, passer des troupes en revue, se détendre et travailler. De son père, Louis XIV hérite du goût de la chasse et de sa mère celui des belles manières. Mazarin lui fait découvrir l'art, Fouquet l'architecture et Colbert l'utilité politique. Le nouveau roi aime également la musique et la danse. L'idée lui vient de rassembler tout cela dans un seul et même endroit. Il ordonne de réaménager et d'agrandir le château de Versailles. Est-ce la magie du lieu, le bien être loin d'une cour surpeuplée ou un endroit tranquille pour les aventures amoureuses qui ont poussé Louis XIV a choisi cet endroit ? C'est probablement tout à la fois.

Pour les travaux, Louis XIV s'inspire très largement du château de Vaux le Vicomte appartenant à son surintendant des finances Nicolas Fouquet : l'ensemble des plafonds peints et les tapisseries de Le Brun, les jardins et pièces d'eau de Le Nôtre. Les deux fêtes de 1660 et 1666, ont contribué à donner des idées au roi. Insensiblement, l'idée fait son chemin. Louis XIV veut une maison qui lui ressemble et il se donne les moyens pour y parvenir. Il reprend l'équipe qui a travaillé à Vaux le Vicomte et dessine lui-même les plans. Le 6 mars 1682, il s'installe à Versailles encore en plein chantier. La cour et la ville de Paris, s'attache à détourer le roi de cette région. Colbert est farouchement opposé à ce dessein, mais finit par céder. Louis XIV tient absolument à garder le château construit par son père. Il oppose une forte volonté pour venir à bout de son entreprise.



Les étapes de la construction
Le premier grand moment de travaux commence en 1661 et dure quatre ans. Les communs de Louis XIII sont agrandis et ornés des statues des quatre éléments. L'ancien château demeure, mais il subit des modifications côté jardin. L'étage est doté d'un balcon de fer doré, les lucarnes se transforment en mansardes et les ornements se dorent. A l'intérieur, les appartements sont redistribués. Le Nôtre redessine les jardins. Le parterre occidental s'allonge vers un parc symétrique où se dressent des allées, des bosquets et des labyrinthes. Le parterre du midi domine une orangerie tandis qu'à l'Ouest on construit une ménagerie.

Le deuxième moment commence 1668. Tout d'abord, Le Vau construit une enveloppe qui ménageant les cours intérieures, s'appuie sur les quatre pavillons. Le vieux bâti n'est toujours pas détruit. Il reste visible côté ville. En revanche de l'autre côté, il est enchâssé dans une nouvelle façade. En 1670, Le Vau meurt et est remplacé par François d'Orbay. A l'étage se trouvent les grands appartements constitués en enfilade de salons dédiés aux planètes qui gravitent autour du soleil. Ceux ci sont aménagés par Le Brun. Les deux grands appartements du roi et de la reine communiquent par une terrasse peu étanche. Dès 1669, la recouvrir semble inévitable. Sur ordre du roi, Hardouin-Mansart et Le Brun édifient la galerie des glaces. Celle ci est longue de 76m et plaquée de marbre. Elle couronne avec ses miroirs qui reflètent chacune des hautes fenêtres, la magnificence du lieu. Sur la voûte, Le Brun célèbre les gloires du début du règne de Louis XIV.

Au fur et à mesure des aménagements du château, cinq chapelles ont existé. En 1665, la première est située dans le petit pavillon d'angle Nord-est. En 1672, elle occupe l'actuelle salle des gardes de la reine et en 1676 celle de la garde du roi. En 1682, on bénit celle qui vient d'être construite entre l’extrémité du grand appartement du roi et le salon d'Hercule. Le 5 juin 1710, le Cardinal de Noailles consacre la dernière, commencé par Hardouin-Mansart et achevé par Robert de Cotte. Construite dans la tradition des chapelles palatines, elle communique avec les appartements du roi au premier étage.

Aux parterres de broderies végétales qui entouraient le château de Louis XIII, Le Nôtre substitue un grand parc ouvert construit sur deux axes, l'un en longeant le château et l'autre s'éloignant dans la perspective du grand canal (1520m). Le tout est entrecoupé de nombreux vases, statues et fontaines. Au Nord du canal, Louis XIV confie à Le Vau la transformation du hameau de Trianon en une résidence de plaisance. En 1670, François d'Orbay construit cinq pavillons recouverts de carreaux de porcelaine. Celui ci est remplacé en 1687, par le Trianon en marbre d'Hardouin-Mansart. Louis XV cherche à rendre plus confortable et plus chaleureux les appartements. Au marbre se substituent des ensembles plus petits et raffinés composés de boiseries blanches et dorées. Autour des cours intérieures s'empilent ainsi étages et entresols relayés par de nombreux escaliers. Louis XV répugne d'amputer l'œuvre de son grand-père, mais l'escalier des ambassadeurs en trop mauvais état est détruit en 1752.

L'opéra voit enfin le jour. Après le manège de la petite écurie et la salle de comédie de la cour des princes, le théâtre commencé en 1763 par l'architecte Gabriel est inauguré. A côté de Trianon, Louis XV fait bâtir en 1750 une salle de jeu et en 1759 le petit Trianon destiné à Mme de Pompadour. Il est inauguré en 1770 par Mme du Barry. En 1774, Louis XVI en fait don à Marie Antoinette qui fait réaménager les jardins et construire son hameau. Ce dernier constitue une véritable petite exploitation agricole au temps de la redécouverte rousseauiste de la nature. Ce sera là l'ultime étape de la construction du domaine royal.


La vie côté cour et côté jardin
En 1679, Louis XIV signe l'édit de fondation de Versailles, par lequel il fait don des places à toutes personnes qui voudraient bâtir à la charge d'entretenir les bâtiments dans le même état de symétrie. Voici comment naît l'urbanisme de la ville de Versailles. Les nobles s'empressent d'y construire leur hôtel faisant augmenter les prix. A côté du jardin sont construits les écuries et le grand commun (lieu lié à la nourriture et aux appartements des domestiques). Un potager est également créé.

A la fin du règne de Louis XIV, Versailles est endeuillé par les guerres et les décès dans la famille royale. Sous l'influence de Mme de Maintenon, l'ambiance devient plus dévote. Plus tard, la timidité de Louis XV et ses nombreux voyages finiront d'affaiblir la cour. La noblesse ne la quitte pas bien sûr, puisqu'elle reste le lieu privilégié pour obtenir des charges et des faveurs. Toutefois, ils sont de plus en plus à louer une chambre au château et à retourner à Paris dès leurs affaires finies. A l'intérieur du château, le roi de France naît, vit et meurt en public et la vie quotidienne est un opéra parfaitement orchestré. Les appartements du roi sont ouverts à tous les nobles, domestiques et ouvriers-artisans. Les journées sont réglées suivant une étiquette stricte : lever, entrée, travail, messe, travail, dîner, promenade, messe, travail, souper, divertissements, coucher). C'est une journée somme toute équilibrée, mais lourde où le roi n'a pas une minute à lui et où il ne voit guère sa famille. Les courtisans guettent le roi dans les grandes galeries en vue de se faire bien voir et d'obtenir une faveur. Mais la somptuosité de Versailles se révèle aussi à travers toute l'Europe. En effet, le roi reçoit en audience les ambassadeurs étrangers qui sont autant de manifestations de la splendeur et de la grandeur du roi. Il existe également surtout à partir de Louis XV, des pièces plus privées où seuls sont admis les proches et les élus. On les appelle des antichambres.

Les reines de France ont à Versailles une vie officielle et discrète. Si Marie Thérèse d'Autriche vit peu à Versailles étant morte quelques ans après la fin des premiers travaux, la vie de Marie Leszcynska se déroule officiellement dans son grand appartement. Les reines ont une étiquette très semblable à celle du roi. Marie Antoinette, quant à elle s'entoure d'une véritable cour où se mélange danse, musique, littérature et théâtre. Les enfants habitent dans l'aile du midi. Ils doivent se plier à une dure discipline et à une stricte étiquette. Les maîtresses du roi ont aussi leur place à Versailles. Elles sont très courtisées par les nobles qui cherchent à obtenir des faveurs. Louis XIV va chercher conseils et repos auprès de Mme de Montespan puis de Mme de Maintenon, Louis XV auprès de Mme de Pompadour et de Mme Du Barry.



L'art monarchique
Louis XIV encourage les artistes par des pensions. Colbert crée ou réorganise les grandes institutions artistiques et scientifiques. Dans le domaine scientifique, il désire encourager la recherche, facteur de prospérité pour la France. Dans le domaine artistique, il désire discipliner l'art par un enseignement fondé sur l'imitation des anciens pour la gloire du souverain. L'Italie reste la terre des artistes, même si le Nord (Flandres ; Provinces-Unies) commence à se démarquer. Jusqu'au XVIIIe siècle, l'art est italien. A son tour le Nôtre doit domestiquer la nature. Aux thèmes antiques, il juxtapose l'exotisme avec l'orangerie, la ménagerie et ses grottes.
Versailles est un véritable musée d'art ouvert en plein ciel. Face à l'Europe, un ensemble de pièces clament l'excellence des artistes français et l'infinitude de leurs œuvres. L'antique et le grand décor italien restent la référence. On y retrouve les thèmes de la mythologie grecque. Il existe également tout un programme politique qui vise à montrer à l'Europe la grandeur de la France et de son roi. Au XVIIIe siècle, se développe un autre style de vie basé sur le bonheur et la douceur de vivre. Cela se ressent sur l'art et la cour.



Un manifeste politique ou un temple de l'histoire ?
Sous Louis XIV, Versailles devient la capitale de la France, mais peut-on considérer que l'installation du gouvernement a été le fruit d'une longue préméditation ? Louis XIV n'a véritablement sa chambre officielle qu'en 1701. Quant à son emménagement en 1676, il se fait dans un véritable chantier. Louis XIV en tant que roi a compris l'importance de la communication de la politique. C'est la magnificence de Versailles et les fastes de la cour, qui montrent la richesse de la France et la puissance de son roi.

Versailles incarne la nation. Une nation dont il faut rappeler l'immémorabilité. Une nation connue jusqu'aux extrémités du monde. Dès 1678, le règne de Louis XIV est suffisamment glorieux pour que le roi puisse se passer des références aux héros grecs et aux empereurs romains. Les dernières commandes de Louis XIV n'ont plus rien à voir avec l'Antiquité. Dorénavant ce sont des lieux ou des évènements contemporains qui sont représentés. Sous ses successeurs, l'identité entre l'homme et le roi et entre le roi et Versailles s'amenuise. Dans les esprits, Versailles reste le château de Louis XIV et est synonyme de l'absolutisme. L'ouverture des états généraux le 4 mai 1789, est le dernier grand spectacle offert à Versailles sous la monarchie.

La Révolution ne détruit pas ce monument chargé de sens. Elle se contente de le vider. Tout est envoyé dans les musés parisiens. Le château sera utilisé par Napoléon Ier comme annexe des Invalides. Louis Philippe veut recréer dans un vaste musée l'histoire de France et ainsi asseoir sa légitimité. Il fait entreposer dans les galeries de Versailles toute une série de tableaux regroupant les grands évènements de la nation. Napoléon III et la Troisième République compléteront les collections. Depuis 1875, le Sénat et l'Assemblée Nationale se retrouvent à Versailles, afin de discuter des questions importantes comme la rédaction de la constitution. Si la France veut honorer un visiteur, c'est à Versailles qu'elle le fait. Comme l'a voulu Louis XIV, Versailles est un chef d'œuvre voué au service de la France.


" Il est allé à cinq heures du soir à Versailles, où on lui prépare comédies, ballets, parades"
Jean le Rond d'Alembert
"


Source
Texte : CONSTANT. Claire, Versailles
Image : hgec.wordpress.com

mercredi 15 décembre 2010

L'Empire ottomans


Des origines à la prise de Constantinople
Les Ottomans sont issus d'une tribu d'Asie Centrale installée en Anatolie depuis le XIIIe siècle. C'est Oman arrivé au pouvoir en 1290, qui donne son nom à la dynastie. Il tente d'agrandir son territoire face aux Byzantins et remporte un certain nombre de victoire. Des centres urbains se développent, où se regroupent les gens de lettres et les jurisconsultes posant ainsi les jalons de la nouvelle administration. Brousse devient la capitale du pays. Son fils Orkham continue la politique de son père et parvient à s'implanter en Europe.

Murad Ier, le fils, change de capitale et s'installe à Andrinopole en 1363. La ville devient un important centre intellectuel. Par la suite, il entreprend des réformes administratives et il est le premier à prendre le titre de sultan.

Vainqueur à l'Ouest, Bayazid Ier le fils du précédent, doit faire face à l'Est à un puissant ennemi en la personne des Mongols. Les deux armées s’affrontent à Ankara en 1402 et se termine par une défaite turque. Le royaume connaît alors une grave crise politique et militaire. Il faudra toute l'énergie de Mehmed Ier et de Murad II pour redresser la situation.


L'apogée de l'empire
En 1452, Mehmed II entreprend le siège de Constantinople. La ville résiste vaillamment, mais la mort du Basileus lors d'une attaque remet tout en cause. La cité est prise le 29 mai 1453, mais le sultan ne s'arrête pas là. Il envoie des armées jusqu'en Bosnie et parvient à Venise. A la suite de plusieurs négociations, un traité est signé. Les Turcs s'engagent à ne plus conquérir de territoires en échange d'accords commerciaux en Méditerranée. La capitale est déplacée à Constantinople qui prend le nom d'İstanbul. Mehmed II refonde le système, afin d'intégrer les populations non musulmanes.

C'est à l'Est que la situation se dégrade. Certaines populations soutenues par l’Iran, commencent à se révolter. Selim Ier rétablit l'ordre par le sang. A cette époque, l'empire est rongé par un schisme religieux entre chiites et sunnites. Selim Ier part en guerre contre le Shah d'Iran. L'armée ottomane est remarquablement bien préparée, bien équipée et soutenue par la plus puissante artillerie du monde. Face à cela, les armées iraniennes n'ont que leur courage à opposer, mais les problèmes de logistiques et les conditions climatiques forcent Selim Ier à rebrousser chemin.

C'est alors que le sultan décide d'affronter les Mamelouks qui occupent toute l'Afrique du Nord et le Sud du Proche Orient. Désirant s'approprier les terres de Palestine et craignant une alliance Egypte - Iran, il s'empare par la ruse de la Syrie et conquiert l'Egypte en 1517. C'est son fils Soliman, qui va consolider les conquêtes de son père et doter l'empire d'une puissante structure juridique et fiscale.

La cour d'Istanbul se gorge de faste et de luxe. Soliman finit de conquérir la Grèce et fait de la Méditerranée Orientale un espace turc. Il est fidèlement aidé par son grand vizir et néanmoins ami Ibrahim Pacha, qui gère la situation intérieure de l'Empire, mais aussi mène des campagnes militaires. Soliman reprend ses conquêtes. En 1526, il annexe la Hongrie. En 1529 son armée met le siège devant Vienne, mais il se heurte à la résistance farouche des Autrichiens et rebrousse chemin.

A l'Est, la guerre contre l'Iran reprend. C'est Ibrahim Pacha qui la mène. Il s'empare de l'Azerbaïdjan, mais peine en Irak. C'est le sultan revenu d'Europe qui démêle la situation et prend Bagdad en 1534. La colère gronde contre le vizir et celui ci est assassiné le 15 mars 1536.

Soliman reprend ses campagnes en Europe. En 1543, il prend sous son emprise la Pologne et force l'Empereur Ferdinand à lui payer tribut. Soliman meurt en Autriche en 1566. Il laisse à son fils un empire s'étendant de Bagdad à Vienne en passant par Le Caire. En 1571, une ligue se forme pour la défense de l'Europe Catholique, qui comprend l'Espagne, l'Autriche, Venise et les Etats Pontificaux. La guerre est menée à Chypre. La bataille navale de Lépante marque la première défaite des Turcs, mais elle n'empêche pas Chypre de passer sous domination ottomane en 1573. L'année suivante, les Turcs s'emparent de la Tunisie. Au XVIe siècle, l'Empire Ottoman est à son apogée.


L'Etat ottoman
Le sultan commande, juge et légifère en exerçant un pouvoir absolu uniquement limité par sa soumission aux préceptes religieux. Il nomme les agents et le chef de l'armée. En matière religieuse, le sultan peut opérer des changements dans le domaine séculier.

L'Empire ne peut être dirigé que par un descendant d'Osman. Or selon la tradition turque tous les enfants sont égaux, ce qui entraîne des luttes successorales. Le conseil appelé Divan se compose du vizir, du grand chancelier, de deux ministres des finances, de deux ministres de la guerre et du conseiller religieux. Le conseil a aussi le rôle d'une cour suprême devant laquelle chaque sujet peut faire appel. Le vizir est le second du sultan et son pouvoir est aussi illimité et rend des comptes au sultan. Il n'a par contre aucun contrôle sur la religion.

L'Empire est divisé en provinces dirigées par des gouverneurs responsables de l'ordre public, de la fiscalité et de l'approvisionnement. Les services militaires rendus par les sujets sont très bien récompensés. Les gardes d'élite du sultan sont de jeunes esclaves convertis de force et durement entraînés que l'on appelle les janissaires. Par ce système, les sultans se constituent un corps privilégié de serviteurs fidèles et compétents. Ils remplacent ainsi une aristocratie héréditaire souvent turbulente. L'armée est composée d'une portion permanente d'esclaves, qui assurent la défense du palais et d'Istanbul. Le reste est composé de paysans levés suivant les besoins. Les Turcs ont compris très tôt l'importance des armes à feu. La marine a mis beaucoup de temps à se développer, car ce n'est pas une tradition turque. C'est le corsaire grec Barberousse qui en a favorisé le développement.


Istanbul, capital d'empire
Istanbul anciennement Constantinople se repeuple peu à peu après son siège. La diversité de sa population reflète celle de l'empire, mais les habitants se regroupent par ethnie autour de leurs lieux de culte respectif. Les non musulmans ne peuvent accéder à de haute charge et doivent payer un impôt spécial. La ville se développe autour des quartiers commerçants. Les habitants se construisent selon les modèles turcs.

Le palais est le siège du gouvernement. Il est bâti dès 1455 par Mehmed II et sans cesse amélioré. Il est composé d'une enceinte à l'intérieur de laquelle se trouvent de nombreux pavillons, lieux de culte et jardins. Le tout est marqué par le faste de la cour et la richesse du souverain. Le palais comprend également le harem véritable labyrinthe de cours et d'appartements. Sont logés là, la sultane, ses sœurs, ses maîtresses et ses esclaves. Le harem est gardé par des eunuques, qui assurent l'ordre et le service. Les femmes apprennent les concepts de l'Islam, puis on leur instruit la danse et la musique. Les maîtresses montent ou descendent en grade selon la volonté du sultan. Dans cette atmosphère luxueuse mais confinée, les passions s'exacerbent, les jalousies et les intrigues naissent et vont parfois jusqu'au crime. Il n'est pas rare de voir des concubines jouer un rôle politique de premier ordre.

Le cœur économique de la ville est le grand bazar, gigantesque centre commercial, où s'entassent toutes les marchandises luxueuses. C'est là que se traitent les affaires commerciales et bancaires. Le tout est contrôlé par un fonctionnaire du gouvernement. Il applique les ordonnances gouvernementales, inspecte les produits, participe à la fixation des prix et contrôle les transactions. A l'intérieur du bazar, se regroupent les artisans organisés en corporation. L'Etat contrôle l'approvisionnement en matière première, afin d'éviter les pénuries, mais laisse les autres articles aux lois du marché. Comme Byzance, la ville reste une plaque tournante entre l'Orient et l'Occident. Les capitulas sont des concessions que le sultan accorde aux ressortissants d'une nation étrangère. Elles déterminent leur statut juridique et les conditions dans lesquelles ils peuvent s'établir dans l'empire. Ces écrits permettent l'établissement des marchands et des représentants. Ce sont les Français qui sont les premiers à en profiter.

La ville comporte aussi des hammams, qui sont à la fois des lieux de purification et de distraction. Ils ont le même plan que les thermes romaines. Ils sont pour la plupart gratuits.


L'élan artistique
L'architecture resplendit à travers les mosquées. Les Turcs influencés par les Byzantins développent et perfectionnent les techniques de constructions des coupoles. Les murs et les sols sont recouverts de céramiques colorées. Le grand architecte turc est sans nul doute Marhmur Saman vivant à l'époque de Soliman. Il a la charge de restaurer et de construire des édifices dans tout l'empire. Il est possible de reconnaître son œuvre dans plus de 300 bâtiments. C'est lui qui définit les canons classiques des mosquées turques.

Les peintres ne sont pas uniquement chargés d'illustrer et d'enluminer les manuscrits. Ils dessinent également le décor des reliures et des objets d'art. Ils préparent les compositions picturales, qui ornent les palais et les mosquées. La calligraphie est un art qui possède un caractère sacré, puisqu'elle permet de véhiculer la révélation coranique.

C'est au XVIe siècle que la peinture turque connaît son apogée. Elle est d'une part hautement décorative et d'autre part réaliste et narrative. La nature et surtout la végétation est un thème très en vogue et probablement influencé par l'art chinois. Jusqu'au XVe siècle, l'art du portrait est méconnu dans le monde musulman. Toutes les représentations des grands personnages sont symboliques. Ce sont les Italiens présents à la cour, qui vont transmettre ce type de représentations. Cela va de pair avec le développement des biographies et des généalogies. Des cartes commencent à être dressées en général par les navigateurs nécessaires au commerce et aux guerres.

La tradition veut que le sultan s'initie à un travail manuel. Selim Ier et Soliman ont choisi l'orfèvrerie. Ils recherchent la somptuosité des objets d'or incrustés de pierres précieuses. Ces objets pouvaient être refondus pour renflouer les caisses de l'Etat. Le tapis constitue une autre facette de l'art ottoman. Ils sont fabriqués à Istanbul et Brousse, en soie ou en coton cousus de fils d'or et ornés de décors monumentaux. C'est dans les ateliers d'Iznik à la fin du XVe siècle, que la céramique prend son essor. Grâce à diverses techniques, les potiers arrivent à créer un blanc très pur. La palette des couleurs s'enrichit avec le bleu et le turquoise, puis le vert, le violet et le noir. Les premiers décors sont chinois, mais peu à peu les Turcs dessinent leurs propres motifs souvent végétaux.


Déclin et mort d'un empire
Les sultans du XVIIe siècle sont plus soucieux de leurs plaisirs que du bien de l'Etat et le pouvoir passe aux mains des vizirs et des sultanes. Le népotisme et la vénalité s'installent à tous les étages. En 1643, l'Autriche menace la Hongrie. Les Turcs contre-attaquent, mais sont battus à Vienne. Une alliance Autriche, Pologne, Venise et Russie, se crée contre eux. En 1699, les Turcs perdent la Hongrie et bon nombre de territoires dans les Balkans.

Par ailleurs, l'Occident effectue une pression économique en développant le commerce transatlantique. Des mouvements d'autonomies politiques se manifestent en Egypte, Algérie et Syrie. En 1774, la Russie se crée un passage vers la Méditerranée et le Proche Orient. Les Anglais veulent protéger la route des Indes et garder le contrôle des passages de la Mer Méditerranée à l'Océan Indien. Les Français cherchent à sauvegarder leurs positions dans la région. Quant aux Autrichiens, ils veulent une fois pour toutes être libérés de la pression turque.

Au début du XIXe siècle, des réformes de types occidentales sont opérées, mais elles se heurtent souvent au traditionalisme des élites et notamment celles qui viennent des idéaux de la révolution française. En 1830, la Grèce aidée par la Russie acquiert son indépendance, puis c'est au tour de la Serbie. Les Français s'emparent de l'Algérie. En 1840, l'Egypte prend son indépendance. En 1853, la Turquie est le théâtre de la Guerre de Crimée opposant les Russes et les Turcs soutenus par la Grande Bretagne. En 1876, l'Empire se dote d'une constitution et institue un parlement. Cependant, la perte de nombreux territoires et l'arrivée massive de réfugiés forcent le sultan à rétablir son pouvoir absolu et à lancer le panislamique, c'est à dire à regrouper autour de lui tous les musulmans. Les Arméniens vont en subir les conséquences.

La situation financière désastreuse oblige le sultan à emprunter aux puissances occidentales, qui se remboursent allègrement. Un mouvement nommé les Jeunes Turcs se révolte en 1908 contre la domination grandissante de l'Occident. En 1911, les Italiens s'emparent des dernières positions turques en Afrique. Lors de la Première Guerre Mondiale, l'Empire s'allie à l'Allemagne. En 1918, le sultan est obligé de négocier avec les Britanniques et les Français, qui se réservent le droit d'occuper un grand nombre de territoire ottoman. Il ne reste aux Ottomans que l'actuelle Turquie. Le 29 octobre 1932, la république est proclamée et le sultan est déposé, mettant fin à la dynastie ottomane.


Sources :
texte : BITTAR. Thérèse : Soliman le Magnifique
image : dellys-dz.ifrance.com

lundi 6 décembre 2010

Marie Antoinette


Un morceau friand
Marie Antoinette nait le 2 novembre 1755, à Vienne. Elle est le cinquième enfant de l’Empereur d’Autriche François Etienne et de l’Impératrice Marie Thérèse. A 4 ans, elle apparaît pour la première fois en public lors de l’anniversaire de son père. Elle chante quelques couplets en français, accompagnée au piano par deux de ses sœurs et au violoncelle par un de ses frères. Cependant, si elle s’adapte très tôt au parfait maintien d’une princesse, elle refuse de se plier aux contraintes de l’étude. Sa gouvernante se contente de lui enseigner les principes religieux et moraux.

En 1762, l’Empereur meurt. Préoccupée par l’avenir de ses Etats, Marie Thérèse considère que ses enfants sont au service de la dynastie. Elle confère le gouvernement de la Toscane, à son fils Léopold. Elle souhaite obtenir pour Marie Antoinette, l’héritier du trône de France, afin de sceller une alliance contre l’Angleterre et la Prusse. Les pourparlers sont engagés en 1764, mais la France se montre réticente. Louis XV décide d’envoyer l’abbé de Vermond, pour parfaire l’éducation de la jeune fille. Celui ci remplace les leçons et les exercices par des histoires et des devinettes. Le 13 juin 1769, Marie Thérèse reçoit la demande officielle de la France. On fixe la date du mariage au 16 mai prochain. Marie Antoinette a 14 ans, le dauphin 16.

Marie Antoinette se met en route et arrive à la frontière le 14 mai 1770. Le mariage a lieu à Versailles à la date prévue. La nuit de noce est un désastre. Les deux époux ne se sont pas touchés. Le dauphin est mélancolique, timide, introverti et complexé par un corps sans grâce. Il est persuadé qu’il n’intéresse personne et qu’on ne l’aime pas. Il ne se confie jamais, se retranche dans le silence. Il se croit indigne de son destin royal. La mort de ses parents le laisse aux mains d’un gouverneur, pensant que les femmes sont la cause de tous les malheurs. De plus, le dauphin craint la syphilis. Marie Antoinette s’efforce de l’apprivoiser et de mieux connaître sa famille. Elle se détourne vite de Louis XV, choquée par sa relation avec la comtesse du Barry. Avec les sœurs et nièces du dauphin, les relations sont distantes, car les filles sont avides de potin.

Marie Antoinette ne voit guère l’intérêt de l’étiquette de Versailles. Les bruits qui courent entre les courtisans, l’ennuient. Elle ne s’entend guère avec les vieilles duchesses. Elle ne partage pas non plus les gouts de son mari, pour l’étude et les sciences.


La petite reine
En 1774, Louis XVI devient roi et son épouse est désormais reine de France. Le peuple acclame Marie Antoinette, fier d’avoir enfin une reine digne de ce nom. Les femmes de ses deux prédécesseurs n’ont guère laissé de souvenir aux Français. Marie Antoinette tient à moderniser le protocole. Laisser libre par le roi, elle organise les divertissements à la cour. Elle éloigne les courtisans âgés et relègue les tantes du roi et ses belles sœurs dans une semi retraite. Elle s’entretient régulièrement avec Mademoiselle Bertin, son ministre de la mode.

En moins d’un an, Marie Antoinette, s’est constitué un cercle d’ami, qui l’éloigne de ses devoirs de représentation. En outre, elle fréquente la princesse de Guéméné, qui tient salon à Montreuil. Le duc de Louzun devient son chevalier servant. Déçue par son époux et n’ayant pas trouvé d’affection dans sa belle famille, elle cherche désespérément la personne, qu’elle pourrait aimer sans que cela pousse au scandale. La comtesse de Polignac devient sa meilleure amie et elle s’installe à Versailles.

Le roi et la reine ne se voient plus guère, ne partageant pas de loisirs communs. Les ministres sont heureux, car elle ne s’occupe pas de la politique. La reine préfère se rendre à Paris le soir, plutôt que de se coucher aux côtés de son mari, ne rentrant qu’au petit matin. En mai 1777, le frère de Marie Antoinette, l’Empereur Joseph II se rend à Versailles. Il lui révèle que leur mère est inquiète du fait que le mariage ne soit toujours pas consommé. Cela nuit à l’alliance avec la France. Joseph II s’entretient avec les deux époux, jouant le rôle de conseiller conjugal et de sexologue. Le mariage est enfin consommé et le 18 décembre 1778, Marie Antoinette donne naissance à une fille appelé Marie Thérèse. En 1781, nait un fils qui meurt huit ans plus tard. Le 27 mars 1785, un second fils nait, prénommé Louis, puis une deuxième fille ne vivant que quelques mois.


Un art de vivre princier
Revendiquant pour une reine le droit à une existence privée, Marie Antoinette entend se comporter aussi librement que le premier de ses sujets. Elle s’est constituée à Versailles un domaine, dont elle estime être la seule et unique maitresse. Aucun détail du décor et de l’ameublement ne lui échappe. Pourtant, elle n’éprouve aucun attrait pour la peinture, la considérant seulement comme décorative. Seul Madame Vignée Lebrun trouve grâce à ses yeux.
Trianon reste le symbole de son gout. Les jardins l’intéressent tout particulièrement et elle se refuse à l’aménager comme ceux de le Nôtre. Elle s’y installe pendant plusieurs jours à la belle saison. Tout appartient à la reine. Le roi ne vient qu’en simple visiteur. Nul ne peut pénétrer à Trianon sans son autorisation. Marie Antoinette se comporte comme une simple châtelaine. Elle abandonne les tenues de cour pour des vêtements plus simples. Le protocole est supprimé.

Marie Antoinette obtient de son époux la construction d’un petit théâtre à Trianon. Ce dernier est inauguré en juin 1780. Embrigadant ses beaux frères et ses amis les plus proches, elle constitue une troupe, appelée la Troupe des Seigneurs. La première pièce jouée en aout, est une comédie nommée Le Roi, le fermier et la Gageuse imprévue de Sedaine.

En 1783, les travaux du hameau de la reine débutent. Ils dureront quatre ans. Marie Antoinette croit y découvrir les réalités de la vie paysanne. L’image de la félicité mondaine et de la simplicité pastorale se rencontre dans ce hameau.


Parfum de scandale
N’ayant pas de favorite, Louis XVI se comporte avec son épouse, comme le plus attentif des courtisans. Marie Antoinette prend toutes les allures d’une maitresse en titre. Elle passe pour une créature sans mœurs, avide des deniers de l’Etat, dispensatrice de toutes les grâces et mauvaise conseillère du souverain. Ces bruits se répandent à la cour et dans le public, auxquels s’ajoute l’accusation de trahison envers la France. La reine a en effet commis plusieurs erreurs. Elle a combattu le duc d’Aiguillon, car il était peu favorable à l’alliance avec l’Autriche. Elle s’est mise à dos la puissante famille des Rohan. A l’inverse, ses amis détiennent le monopole des grâces et des faveurs. Elle continue à mener sa vie sans se soucier des libelles et des chansons. La reine ne sait rien de ses sujets et les considère comme des enfants turbulents, qu’il faut sans cesse rappeler à l’ordre.

L’affaire du collier vient achever de flétrir cette image. Madame de la Motte souhaite extorquer de l’argent au cardinal de Rohan. Elle lui fait croire que la reine veut se remettre en bon terme avec lui et lui apporte un faux contrat signé Marie Antoinette de France, par lequel, la reine s’engage à payer un somptueux collier en quatre versements. Le cardinal achète le collier et le confie à Madame de la Motte. Cette dernière dépèce le collier et revend les pierres. Les bijoutiers viennent trouver Marie Antoinette pour réclamer le premier versement. Stupéfaite, elle demande au roi d’enquêter.

Le 15 aout 1785, Louis XVI fait arrêter le Cardinal et le remet au Parlement de Paris, qui réussit à retracer toute l’affaire. Madame de la Motte est condamnée à être fouettée publiquement, marquée au fer rouge d’un V et emprisonnée à vie. Le Cardinal est acquitté. Cela ne réjouit pas le couple royal. Louis XVI demande la démission de Rohan et l’exile dans son abbaye de la Chaise Dieu en Auvergne. Cette décision rend furieux le Parlement et le peuple.


De Versailles aux Tuileries
A partir de 1787, Marie Antoinette commence à jouer un rôle politique. La mort de ses principaux conseillers, plonge le roi dans une période de dépression, à un moment où la France va mal. Redoutant tout changement à l’ordre établi, Marie Antoinette ne peut envisager de grandes réformes. Il faut à tout prix conserver la monarchie et le royaume tel qu’il existe. En 1789, les Etats Généraux transformée en Assemblée constituante, leur font peur. Le 5 octobre, les Parisiens marchent sur Versailles, pour protester contre la cherté du pain et pour ramener le roi à Paris. Marie Antoinette se rend au balcon. Son calme et sa dignité calment les ardeurs. Le couple royal se met en route pour la capitale.

Aux Tuileries, le roi et la reine vivent désormais dans une étroite intimité, avec leurs enfants. Ils n’osent plus sortir. Marie Antoinette apporte tout son soutien à son mari. Pour mettre un terme à la Révolution, elle demande l’aide de l’Autriche. Elle écoute Fersen, le suédois, dont elle est amoureuse. Ce dernier lui conseille de quitter la France. Mirabeau luttant pour une monarchie constitutionnelle avec un roi fort, lui dit la même chose. Louis XVI laisse le soin à son épouse d’organiser leur évasion. Elle s’en remet à Fersen, qui doit rapatrier le couple royal dans la forteresse de Montmédy, dans le Nord. Le 20 juin 1791, le couple quitte secrètement Paris, mais est arrêté à Varennes en Argonne.


Reine de tragédie
Le retour du roi à Paris est l’occasion de remettre en cause la nature du régime et de songer pour la première fois à la république. Lorsqu’on l’interroge sur les raisons de son départ, Marie Antoinette répond, qu’elle n’a fait que suivre son mari. Elle continue de correspondre avec Fersen, Mercy et l’Empereur. Marie Antoinette feint de se rapprocher des monarchistes constitutionnels et fait du député Barnave son porte parole auprès de l’Assemblée. La constitution votée le 13 septembre 1791, est approuvé par le roi.

Aux yeux de son peuple, la reine est devenue un monstre assoiffé de sang. Il est vrai, qu’elle espère la défaite de la France contre l’Autriche. Le 9 aout 1792, une émeute éclate aux Tuileries. La famille royale s’enfuit et se réfugie à l’Assemblée. Les députés en profitent, pour voter la déchéance du roi et l’emmène à la prison du Temple. Le 11 décembre, le maire de Paris vient chercher Louis XVI pour le conduire devant la Convention, chargée de le juger. Marie Antoinette ne revoit plus son mari durant le procès. Se nourrissant à peine, elle dépérit, ne parle plus et pleure souvent. Ce n’est que le 20 janvier 1793, qu’elle revoit Louis XVI, pour apprendre sa condamnation à mort.

Après la mort du roi, Marie Antoinette sombre dans la dépression. Seul Fersen tente l’impossible pour la délivrer. Le 3 juillet, on lui retire son fils Louis l’héritier, pour le placer sous une étroite surveillance. On craint un complot pour le placer sur le trône. Le 2 aout, on le transfert à la Conciergerie. Tout le monde peut venir voir Marie Antoinette, contre rétribution. Un des visiteurs essaye de lui faire parvenir un message de l’Empereur, mais il est stoppé. A ce motif l’accusateur public, Fouquier-Tinville commence l’instruction du procès de la reine.

Le procès débute le 15 octobre 1793. Elle est accusée d’intelligence avec l’ennemi et de conspiration contre la sûreté de l’Etat. Marie Antoinette se défend vigoureusement. Jamais, le président du tribunal ne parvient à la prendre en flagrant délit de mensonge. Néanmoins, elle condamnée à la peine capitale et guillotinée.


Source
Texte : LEYER. Evelyne : Marie Antoinette
Image : linternaute.com

mercredi 1 décembre 2010

Louis XIV


Apprendre le métier de roi
Le 8 septembre 1638, le dauphin Louis vient au monde. Cette naissance que l’on attendait, est saluée dans tout le royaume comme une bénédiction. L’enfant est ainsi surnommé Dieudonné. Il est baptisé le 21 avril 1643. Le 14 mai 1643, Louis XIII meurt à Saint Germain en Laye et le jeune Louis devient roi.

Anne d’Autriche sa mère, assure la régence avec le cardinal de Mazarin. L’abbé Péréfixe devient le précepteur du roi. Louis XIV reçoit une éducation littéraire (latin, français, histoire), scientifique (mathématiques), artistique (musique, danse), sportive (chasse, escrime) et religieuse.

Dès l’âge de 10 ans, Mazarin initie le roi aux affaires de l’Etat, puis le fait assister au conseil. Le 5 juin 1649, lors de l’insurrection parisienne appelée la Fronde, il quitte précipitamment le Louvre en pleine nuit. Le 7 novembre 1651, Louis est proclamé majeur à l’âge de 13 ans. Le 7 juin 1654, il est sacré à Reims, puis en 1660 il épouse Marie Thérèse d’Autriche, fille du roi d’Espagne.


Gouverner son royaume
Mazarin meurt à Vincennes le 9 mars 1661. Le lendemain, Louis XIV réunit un conseil exceptionnel, où il annonce sa prise du pouvoir effectif et qu’il entend gouverner seul avec ses conseillers. Il s’entoure de Michel le Tellier pour la guerre, de Hughes de Lionne pour les affaires étrangères et de Colbert pour les finances.

Colbert entend bien se débarrasser de son rival Nicolas Fouquet le surintendant des finances de la Reine Mère. Fouquet est chargé de trouver de l’argent pour financer la guerre contre l’Espagne. Pour cela, il a confié à des financiers la collecte des taxes indirectes et directes, ce qui accroît la pression fiscale. Le 11 août 1661, Fouquet invite le roi à une fête dans son château de Vaux le Vicomte, pour redorer son blason sali par Colbert. Jaloux de la puissance du surintendant, Louis XIV le fait arrêter par d’Artagnan deux mois plus tard et il est condamné à l’exil. Louis XIV communie cette peine en détention partielle à la forteresse de Pignerol, où Fouquet meurt en 1680. Il est immédiatement remplacé par Colbert.

Pour mieux contrôler, Louis XIV a volontairement limité le nombre de ses collaborateurs, ce qui a pour conséquence le cumul des fonctions et la concentration de celles ci par quelques grandes familles. Les Colbert dirige les finances, la Marine, la Maison du roi. Son fils, le Marquis de Seignelay un poste de secrétaire d’Etat. Le Marquis de Louvois, fils de le Tellier, s’installe au ministère de la guerre et succède à son père en 1677. Les grandes familles constituent des réseaux d’amis et de clientèles. Louis XIV prend le gouvernement en main à un moment où les traités de Westphalie et des Pyrénées, assurent à la France une situation exceptionnelle, qui tient autant à sa propre puissance, qu’à l’effacement de ses rivaux. L’Espagne est affaiblie par l’indépendance des Provinces-Unies, par des révoltes et la séparation de l’Autriche.


S’enivrer de gloire
Colbert a à cœur de remettre de l’ordre dans les finances en améliorant la fiscalité. En 1662, est créée une chambre de justice s’occupant des fraudes fiscales. Colbert a la conviction que la richesse d’un Etat se mesure en numéraire. Il faut donc vendre plus que l’on achète. Il s’inspire des doctrines mercantilistes. Il se concentre sur la production manufacturière et favorise la création de manufactures d’Etat, comme celle des Gobelins à Paris, et des manufactures royales. Ces dernières sont dirigées par des particuliers soutenus financièrement par le roi. Pour améliorer les transports, des efforts sont faits pour aligner les droits de douane et des canaux sont creusés. Colbert en tant que secrétaire de la Marine, favorise les chantiers navals et crée une compagnie de commerce, fortement concurrencée par les Provinces-Unies. Toutefois, les ports de l’Atlantique et de la Manche connaissent de forts développements.

Dans le même temps, Colbert envoie le Seigneur de Carignan pour soutenir les colons québécois contre les Iroquois. Il donne au pays une structure administrative d’une province, avec un gouverneur, un parlement et des intendants. Il favorise le peuplement par l’envoi de femmes à marier et de missionnaires évangélisateurs. Il opère de même aux Antilles.

Tous les talents doivent être mis au service de Louis XIV. L’Académie des sciences est fondée en 1666, puis suit la création de l’Opéra de Paris. Durant la même année, Louis XIV devient le protecteur de l’Académie Française, favorisant la littérature et le théâtre. Louis XIV est un danseur accompli. Il danse lui même sur scène. Avec l’appui du Florentin Lully, il acclimate en France, l’opéra italien.

En 1671, Lully devient directeur de l’Académie royale de musique. Plus que dans l’architecture, c’est dans l’opéra que transparaît au mieux le caractère baroque du règne. Le roi attend des artistes qu’ils travaillent à sa gloire. Les diverses résidences royales doivent dans leur architecture, leur décoration, leur mobilier, leur jardin, l’emporter sur tout ce qui se fait de mieux dans le monde. Dans toutes les grandes villes, se dressent des arcs de triomphe et des places royales. En 1671, Colbert crée l’Académie d’architecture, qui dispense un enseignement spécialisé et envoie ses meilleurs élèves parachever leur formation à Rome. Le classicisme se traduit par l’imitation de l’Antiquité, auquel s’ajoute la clarté, la rigueur, le rendu majestueux et le grandiose. En sculpture et en peinture, les allégories mythologiques sont plus que jamais à la mode. Toutefois, le classicisme n’exclut pas une forme d’ouverture à l’art du mouvement, de l’exubérance et de l’irrationnel qu’est le baroque.

Grâce à le Tellier, Louis XIV se forge peu à peu une armée à la mesure de ses ambitions. L’armement est modernisé. Les fantassins sont équipés du fusil à pierre, puis de la baïonnette. Vauban dresse de puissantes fortifications le long des frontières du royaume. Colbert et Seignelay dotent le royaume d’une marine.

La guerre contre les Provinces-Unies est soigneusement planifiée. La France s’est assurée la neutralité de l’Angleterre, de la Suède et de l’Empire. Le 6 avril 1672, la guerre est déclarée. Face à l’avancée des Français, les Néerlandais ouvrent les digues du Rhin et inondent les plaines autour d’Amsterdam. Guillaume d’Orange signe une alliance avec l’Espagne et l’Empire. Louis XIV envahit la Franche Comté redevenue espagnole en 1668. Les principales places fortes des Pays-Bas sont occupées. Turenne envahit l’Alsace, mais meurt dans une bataille. En 1678, une paix est signée à Nimègue. L’Espagne perd la Franche Comté et douze places fortes en Flandres.


Choisir la fermeté
Le 6 mars 1682, la cour quitte Saint Germain en Laye pour s’installer à Versailles. Le château de Versailles est le lieu de la mise au pas de la haute noblesse, du développement d’une culture de cour, de l’exaltation du pouvoir monarchique. Il sert de modèle aux autres cours européennes.
La vie du roi est au centre de Versailles et ordonne le cérémoniel de cour. De son mariage avec Marie Thérèse, il ne lui reste qu’un fils né en 1661 appelé Louis. En outre, Louis XIV a des enfants issues de ses unions avec deux de ses maîtresses Mme de la Vallière et Mme de Montespan, qu’il a installé à la cour, au mépris de son devoir de chrétien comme le lui rappelle constamment Bossuet. Il fait légitimer les fils de Mme de Montespan et leur accorde par le Parlement le statut de prince du sang.

Louis XIV influencé par Mme de Maintenon, qu’il aurait secrètement épousée après la mort de la reine, devient de plus en plus dévot. Pour lui, ses sujets doivent tous être de bons catholiques. En ce sens, il exalte les évêques à mener une politique active de conversion des protestants, soutenue par la Caisse des Conversions fondée en 1676 par Pellisson. Louis XIV cherche à renforcer son prestige auprès des puissances catholiques, entaché par ses conflits avec le Pape et par la victoire de Léopold Ier contre les Turcs à Vienne. Le durcissement de l’attitude du roi se traduit par une centaine de déclarations, arrêts et règlements sur le sujet. A la violence légale, s’ajoute la violence physique. En 1681, il instaure la pratique des dragonnades par le biais de Marillac. Elle consiste à loger des soldats chez les protestants. Louis XIV ignore dans quelles conditions sont obtenues les conversions et qu’il subsiste encore de nombreux protestants. Le18 octobre 1685, il signe à Fontainebleau la révocation de l’Edit de Nantes. Les pasteurs doivent quitter le royaume et le culte est interdit. L’émigration est interdite aux réformés sous peine de galère. Les protestants ou nouveaux convertis s’opposent par une résistance passive, en refusant de se rendre à la messe, en continuant le culte clandestinement ou en quittant la France.

Entre 1678 et 1688, la paix règne et l’économie prospère. Louis XIV décide alors d’appliquer la politique dite de réunion, qui consiste à récupérer toutes les régions ayant appartenu à la France entre 1648 et 1678. Il envoie 30.000 hommes occuper Strasbourg. Il empêche les révoltes en promettant le maintien du culte protestant. Les diverses annexions suscitent l’inquiétude des autres pays. L’Espagne déclare de nouveau la guerre à la France, mais signe rapidement la paix, n’ayant aucun soutien. Louis XIV bombarde Gênes pour la punir d’avoir héberger des vaisseaux espagnols. En 1687, la rupture avec Rome est consumée, suite à la suppression des franchises dont jouissent les ambassadeurs du Saint Siège. L’affaire de l’électeur de Cologne, dont le candidat a été soutenu par le Pape contre celui soutenu par la France, pousse Louis XIV à s’emparer d’Avignon et du Comtat Venaissin, puis de Liège. Les membres de la Ligue d’Augsbourg (Espagne, Empire, Suède) rompent leurs relations diplomatiques avec la France. Louis XIV déclare de nouveau la guerre aux Provinces-Unies, mais entre temps Guillaume d’Orange est devenu roi d’Angleterre et pousse son pays d’origine à rejoindre le côté de la Ligue d’Augsbourg.


Trop aimer la guerre
Louis XIV mène la guerre en Allemagne. Conscient de la suprématie de la marine anglo-néerlandaise, il laisse le soin aux corsaires d’arraisonner tous les bateaux ennemis. La guerre se déroule aussi en Italie sur les terres espagnoles. En 1697, le traité de paix de Ryswick est signé, les belligérants étant à court d’argent. Louis XIV accepte de reconnaître Guillaume d’Orange comme roi d’Angleterre et rend tous les territoires annexés depuis 1678, à l’exception de Strasbourg.

Se pose également le problème de la succession d’Espagne. Le roi Charles II n’a pas de fils et est gravement malade. Louis XIV de par son mariage peut revendiquer la couronne, mais il faut pour cela avoir l’accord de Charles II et de l’Empereur. Ce dernier préfère que ce soit son fils qui prenne la couronne d’Espagne. Charles II veut maintenir l’intégrité de son héritage. Le 2 octobre 1700, Charles II interdit tout partage de l’héritage et donne la couronne à Philippe d’Anjou, à condition que celui ci renonce à ses droits sur la couronne de France. Quand Charles II meurt, Louis XIV annonce publiquement la décision d’accepter le testament. L’Empereur le conteste et déclare la guerre. Le roi d’Angleterre Guillaume III réussit à former une nouvelle ligue avec l’Empereur et les Provinces-Unies.

Dès 1705, l’armée française connaît des défaites. La Catalogne est occupée par les Anglais et Lille par les Néerlandais. En 1711, l’Empereur Joseph Ier meurt. Son fils Charles se fait couronné roi d’Espagne recréant ainsi l’empire de Charles Quint. Cette situation est intolérable pour les autres puissances d’Europe. Les Provinces Unies et l’Angleterre se retirent du conflit. Laissé seul, L’Empereur Charles III signe la paix de Rastadt. Philippe d’Anjou est reconnu roi d’Espagne, la France récupère la Catalogne, mais doit céder à l’Empire les Pays-Bas, le Milanais, la Sardaigne et Naples, aux Anglais Gibraltar.

Ce retour à la paix marque pour les Français la fin des épreuves (famine, disette, fiscalité élevée, épidémies). En 1712, Louis XIV voit ses trois fils mourir de maladie. Son unique successeur est son petit fils âgé de 4ans. Louis XIV a 75 ans et est très fatigué. Le 9 août 1715, il se plaint d’une douleur à la jambe gauche. C’est la gangrène. Il décède le 1er septembre, peu regretté de son peuple à cause des sommes exorbitantes pour financer la guerre, des taxes considérablement élevées, et par la trop longue durée de son règne, la plus longue de l’histoire de France.








SOURCE
Texte : LEBRUN. François : Le Siècle de Louis XIV
Image : burell9history.wimispace ; Civilization 4

mardi 23 novembre 2010

Henri IV


Un prince à l'école de la différence
Henri IV naît le 13 décembre 1553 à Pau. Il est le fils de Jeanne d'Albret la fille d'Henri d'Albret, roi de Navarre et d'Antoine de Bourbon, prince de Vendôme et descendant de Saint Louis. La Navarre couvre un tiers du Sud Ouest de la France. C'est un royaume indépendant placé sous protectorat français.

Henri IV passe son enfance dans le Béarn, chassant à travers les montagnes, ce qui lui vaudra le titre de roi des paysans. Il est baptisé et reçoit son catéchisme par son parrain le Cardinal de Bourbon. Il côtoie également les savants humanistes et les théologiens protestants que sa mère a faits venir à la cour. La famille de Bourbon se fait le porte-parole de l'adhésion d'un certain nombre de noble à la réforme, ce qui accroît son prestige. Antoine donne à son fils comme percepteur le protestant La Gaucherie. Jeanne est profondément protestante et considère le catholicisme comme une doctrine pervertie. Elle l'interdit dans son royaume.

En 1561, Henri IV se rend à la cour de France pour la seconde fois. Il y découvre Catherine de Médicis et la situation désastreuse de la France de cette époque. Son père reçoit la charge de Lieutenant général du Royaume. Henri fréquente le duc de Guise et le duc d'Anjou futur Henri III. Après la conjuration d'Amboise l'année suivante, Antoine de Bourbon redevenu catholique, éloigne sa femme et pousse son fils dans le giron catholique.

Henri apprend le latin et la littérature par le biais des auteurs classiques comme Plutarque. Le 17 novembre 1562, son père meurt lors du siège de Rouen. Il se retrouve seul à la cour. Il est pris en charge par Catherine de Médicis. En janvier 1566, Jeanne est à Moulins et se rend à Paris pour y récupérer son fils. Au retour, elle visite les imprimeurs parisiens, fait des escales en Picardie et rentre à Pau.


Un protestant héritier du trône de France
En 1568, Henri et sa mère se rendent à La Rochelle, capitale du protestantisme français. Le jeune prince y reçoit pleinement sa formation huguenote. Il apprend le métier des armes en suivant l'Amiral de Coligny durant la troisième guerre de religion. L'année suivante, le Prince de Condé meurt à la bataille de Jarnac. Henri devient alors l'un des grands chefs du parti protestant. Une fois la paix retrouvée grâce à l'édit de Saint Germain en 1579, Henri retourne à La Rochelle. Il assiste avec Théodore de Bèze à la signature de la profession de foi de l'Eglise Réformée de France.

En août 1572, Henri épouse la sœur de Charles IX, Marguerite de Valois, dans le but de rapprocher les deux branches de la famille royale et de réaliser une fusion entre catholique et protestant. Le mariage a lieu à Paris et se déroule dans un véritable bain de sang. Le 18, l'Amiral de Coligny échappe de peu à une tentative d'assassinat. Les catholiques commencent à massacrer les protestants le jour de la Saint Barthélemy. Les massacres se diffusent aux provinces. La Saint Barthélemy engendre deux conséquences : d'une part l'affaiblissement considérable du parti protestant voulu par Catherine de Médicis et d'autre part la déconsidération de la monarchie. Henri devenu roi de Navarre est épargné, mais il est contraint de se faire catholique.

Henri se retrouve au premier plan de la politique. En 1574, il est toujours retenu à Paris. Il rejoint le groupe des Malcontents dirigé par François d'Alençon, le frère de Charles IX. En février 1576, il réussit à quitter le Louvre et se rend à Alençon, où il abjure le catholicisme et prend le commandement des forces protestantes. L'Edit de Beaulieu ramène la paix et il reçoit le gouvernement de la Guyenne. Il s'installe à Nérac et essaye de garder de bonnes relations avec le pouvoir royal. En 1581, il s'oppose habilement à la création des Provinces-Unies du Midi, visant à créer un nouvel Etat indépendant.

En 1584, François d'Alençon devenu duc d'Anjou et héritier de la couronne meurt. Selon la loi, Henri de Navarre devient le successeur d'Henri III, mais beaucoup ne veulent pas d'un protestant sur le trône. Le duc de Guise forme une ligue catholique pour le combattre. Quant aux huguenots, ils craignent qu'il les abandonne pour la couronne. Entre les deux, le parti des Politiques se développe. Il se compose de nobles et de magistrats voulant établir la paix, par un compromis entre les deux partis. Henri III se proclame chef de la ligue, croyant pouvoir contrôler ce mouvement et diminuer le pouvoir du duc de Guise. Ce geste ne fait que rallumer de nouveaux conflits et le duc reste toujours le favori des catholiques.

Henri III décide d'épurer de son gouvernement tous les ligueurs. Cela lui vaut d'être chassé de Paris lors de la journée des barricades. Il convoque les états généraux à Blois. Les députés majoritairement ligueurs renforcent la position du duc de Guise. Henri III le fait assassiner le 23 décembre 1588. Le roi se rapproche de Navarre. Le 30 avril 1589, les deux hommes se rencontrent à Plessis les Tours et s'accordent pour reprendre Paris. Le 2 août 1589, durant le siège, Henri III est assassiné par le moine Jacques Clément. Henri IV devient roi de France.


A la conquête de son royaume
La ligue continue d'agir et veut empêcher Henri IV de régner. Le Pape appuie le mouvement et reconnaît comme roi le cardinal Charles de Lorraine. Son influence est forte dans le midi et en Espagne. Quand le cardinal meurt, les prétendants à la couronne affluent de tous les côtés. Le Roi d'Espagne, le Duc de Savoie, le Duc de Mayenne et le Duc de Guise frère du précédent, revendiquent la couronne. A Paris, l'assemblée des Seize fait régner la terreur par des exécutions sommaires.

Un grand nombre de magistrats prônent les valeurs de l'humanisme et sont farouchement opposés à la ligue. C'est le cas de Jean Bodin et de Montaigne. Ils prônent la tolérance et le retour à la paix. De son côté, le parti protestant dirigé par Duplessis-Mornay se rattache à la couronne. Quant aux ligueurs conduits par Mayenne, ils recherchent l'appui de Philippe II d'Espagne.

Fort de ses succès militaires d'Arques et d'Ivry, Henri IV demande aux états généraux assemblés à Paris en 1593 de se faire instruire dans la religion catholique. Le 25 juillet, il change pour la sixième fois de religion. Les protestants inquiets, demandent des garanties. Le 27 février 1594, il est sacré à Chartres, puis entre dans Paris le 22 mars. Peu à peu les villes se rangent à ses côtés contre des privilèges et des dons en argent. Le 17 janvier 1595, Henri IV déclare la guerre à l'Espagne, pour réunir les Français autour de leur roi. Les combats se déroulent en Bourgogne, où la France remporte de nombreuses victoires, et en Picardie où les succès sont plus mitigés. En mars, les espagnols prennent Amiens et se rapprochent de Paris. Le siège dure six mois, mais sans résultat.


La paix des armes et des consciences
En 1591, Henri IV promulgue l'Edit de Mantes, qui reprend en partie celui de Poitiers en 1577. Celui ci accorde la liberté de conscience à tous les Français et réglemente le culte protestant. Auparavant, le Pape avait accordé son pardon au nouveau roi. Les protestants ne sont pas satisfaits par l'édit. Henri IV envoie l'Amiral de Schomberg pour négocier avec le Prince de Condé. Ensuite, il bat le duc de Mercœur dernier chef de la ligue à Nantes. C'est dans cette ville qu'il signe un nouvel édit le 15 avril 1598. Le préambule réaffirme la supériorité de la religion catholique, qui demeure la religion d'état. L'édit permet aux protestants de vivre tranquillement le temps pour eux de revenir dans le giron catholique. La liberté de culte est restreinte aux villes de haute justice. Ils jouissent de certains privilèges de justice, puisqu'ils sont jugés par des protestants et tous les emplois leur sont ouverts. L'édit leur accorde également des places de sûreté et leur propre milice armée.

La paix avec l'Espagne est signée à Vervins le 5 juillet 1598. Les Espagnols rendent tous les territoires conquis, mais conservent toutes les Flandres et les Pays-Bas. Cet accord est permis par l'appui du Pape Clément XIII envers la France, malgré le refus d'appliquer le Concile de Trente. La paix avec l'Espagne marque la fin de la Ligue.


Le monarque de plénitude
Avec l'Edit de Nantes, Henri IV jette les premières bases du laïcisme politique en affirmant la puissance de la monarchie française sur Rome et Genève. En France, la religion ne permet plus d'unir les sujets. Après la conquête du pays par les armes, Henri IV se lance dans les réformes. Il s'occupe de tous les rouages de l'administration (échevin, prévôt, juge). Le règne d'Henri IV correspond au développement de la France et marque l'unité du royaume. Cela servira de base pour investir la partie de la Savoie francophone.

Henri IV doit faire face à la question des robins, dont le chiffre ne cesse de croître en un siècle, ceux que Charles Loyseau appelle les fonctionnaires publics. En 1604, avec son conseiller Paul, il instaure la Paulette. C'est une taxe annuelle rendant les offices héréditaires. Pour ce faire, le juriste doit verser un soixantième de la valeur de l'office. Les robins tolérants, catholiques et gallicans, ne cessent de défendre le roi contre l'Espagne et Rome. Henri IV généralise les commissaires chargés de mener des enquêtes dans les provinces. Ils deviendront par la suite, les intendants. Sully surintendant des finances, réduit les taux d'intérêt, retranche certains alpages et rembourse les rentes. Il simplifie le système de perceptions des taxes.

Toutefois, l'argent ne peut venir que si l'économie fonctionne correctement. Or, la France est dévastée après trente ans de guerres civiles. Henri IV assure la protection des paysans, réduit la taille pour un certain temps. Sully développe les manufactures en se basant sur les théories mercantiles, prônant un Etat avec des fortes industries pour diminuer la dépendance économique vis à vis des autres pays. Les manufactures françaises se spécialisent dans la tapisserie, la soie et le verre. Liffmos aidé par l'agronome Olivier de Serres, établit des manufactures de soie en introduisant les vers à soie. Henri IV s'appuie sur les élites protestantes du royaume, car les catholiques considèrent le commerce comme un acte avilissant.

L'économie relancée, Henri IV peut se concentrer sur les fêtes et les grands travaux. Il restaure ses palais et notamment le Louvre. A Paris, il lance de vastes projets d'urbanisation. Toutefois, la politique d'Henri IV ne fait pas que des heureux et les braises des guerres de religion ne sont pas totalement éteintes. En 1602, le Maréchal de Biron est condamné à mort pour avoir conjuré contre le roi. En 1605, même chose pour le comte d'Aix et le Duc de Bouillon. On reproche à Henri IV de favoriser les protestants en faisant la guerre de manière indirecte à l'Espagne. Le 14 mai 1610, alors qu'il se rendait chez Sully, il est assassiné par Ravaillac dans son carrosse. Ce dernier croyant libérer la France d'un hérétique.


« Si vous perdez vos enseignes, ralliez-vous à mon panache blanc! Vous le trouverez toujours sur le chemin de l'honneur et de la victoire. »
Henri IV


Source :
Texte : DESPRAT. Jean Pierre : Henri IV
Image : l'histoire-en-ligne.com

mardi 16 novembre 2010

Les Guerres d'Italie

Le voyage de Naples
La paix de Lodi en 1434 a stabilisé quelque peu la situation politique et militaire de l’Italie. Dès 1492, des tensions apparaissent entre Ludovic Sforza le duc de Milan et Alphonse II le roi de Naples d’origine espagnole. Ce différent est dû au rapprochement d’Alphonse II avec Pierre de Médicis, prince de Florence. Cherchant de nouveaux alliés, Sforza rend visite au roi de France Charles VIII et lui demande son aide. Charles VIII est intéressé par les terres de Naples dont il se dit l’héritier légitime, car la famille d’Anjou a été chassée par les Aragonais. Charles VIII pénètre en Italie au mois de septembre 1492. En six mois, il traverse tout le pays et bat tous ses adversaires en s’appuyant sur son artillerie.

Les Italiens sont surpris et terrorisés par la façon dont les Français combattent. En effet, ceux qui osent résister sont massacrés. Pierre de Médicis sentant le vent tourner, se place sous protectorat français. Pise en profite pour se révolter et les Florentins chassent leur prince, considéré comme un tyran. Les nobles privés de pouvoirs, souhaitent établir une oligarchie, mais un dominicain nommé Savonarole soutenu par le peuple parvient à installer une sorte de démocratie. Il prêche la réforme de l’Eglise. Pour lui, les Français sont venus punir les Florentins de leurs pêchés. Un grand conseil regroupant 3000 citoyens, est instauré. Cette institution durera jusqu’en 1530.

La descente de Charles VIII inquiète les dirigeants italiens. Ils voient d’un très mauvais œil l’invasion française. Le 31 mars 1495, Venise, Milan, le Pape Alexandre VI, l’Espagne et l’Empire forment une ligue anti-française. Immédiatement, Charles VIII ordonne la retraite de ses troupes. Le 20 mai, l’armée française quitte Naples. Le roi laisse Gilbert de Montpensier comme gouverneur. La retraite française est difficile. Le 27 mai, ils arrivent près du village de Fornoue dans les Alpes. Là les attend l’armée de Gonzague duc de Mantoue et général des armées de la Ligue. La bataille s’engage. L’armée française aurait été écrasée, si la cavalerie vénitienne était venue soutenir l’infanterie au lieu de piller les bagages de leurs ennemis. Ainsi, Charles VIII force le passage, traverse le Taro et reprend sa route. Il ne perdra que 200 hommes. Charles VIII regagne la France, le 15 juillet. Entre temps, Ferdinand roi d’Espagne, a repris Naples. Charles VIII n’a plus le choix. Il signe la paix de Verceil avec Milan. Le roi a hâte de retourner en Italie, mais sa mort le 7 avril 1498, l’en empêche. Il s’est cogné la tête contre une poutre.


Les rapaces dans les entrailles de l’Italie
C’est Louis d’Orléans qui succède à son cousin sous le nom de Louis XII. A son tour, il revendique le royaume de Naples et le duché de Milan, de par sa grand-mère Valentina Visconti. Appuyé par les Vénitiens, il pénètre en Italie. Il prend Milan sans difficulté. Ludovic le More le duc, se réfugie à Vienne. Il laisse comme gouverneur Trimulzo, un milanais favorable à la France. Dès 1500, Ludovic Sforza reprend sa ville. Les Français réagissent sans attendre. Sforza est arrêté et emprisonné à Loches où il mourra en 1508.

Le pape Alexandre VI a accordé le divorce à Louis XII, afin qu’il puisse épouser Anne de Bretagne. En échange, la France doit conquérir la Romagne pour le compte du fils du Pape, César Borgia. Louis XII tient sa parole et lui envoie des troupes. En deux ans, il conquiert toutes les terres, ayant échappée à l’Eglise. Le 18 août 1503, Alexandre VI meurt. Il est remplacé par Pie III dont le pontificat ne dure que quelques mois. Jules II le remplace. C’est un adversaire des Borgia et César est arrêté. Obligé de rendre ses terres au Pape, il rejoint l’Espagne. Comprenant qu’il n’est pas en sécurité, il se rend à la cour de Navarre. Il meurt au combat contre les Espagnols, le 12 mars 1507.

En 1500, Louis XII s’allie avec Ferdinand en vue de partager le royaume de Naples. L’armée de Ferdinand d’Aragon est écrasée et le royaume occupé. Très vite, Français et Espagnols s’entredéchirent pour la possession des Pouilles, une région riche grâce à la laine. Les Espagnols remportent la bataille de Gaète, le 1er janvier 1504, où s’illustre le chevalier Bayard. Les Espagnols occupent Naples, tandis que les Français demeurent à Milan. La politique de Louis XII a à la fois renforcé la puissance temporelle de la Papauté et permis aux Espagnols de s’établir durablement en Italie.


La fureur des barbares
En 1503, Jules II est élu Pape. Il a à cœur de renforcer sa puissance sur l’Italie et Venise constitue un obstacle. En effet, la Sérénissime a profité de la chute de César Borgia pour s’accaparer des terres. En 1508, il forme la ligue de Cambrai avec la France et l’Empereur Maximilien. La guerre est déclarée. Les Vénitiens subissent de lourdes pertes face aux armées françaises. En deux semaines, Louis XII, Jules II et Maximilien Ier récupèrent les territoires que la ligue leur concédait. Cependant, Venise soutenu par son peuple continue de résister et son armée occupe Padoue. Jules II décide soudainement de s’allier à Venise, conscient des dangers d’une trop grande domination française. Dès lors, Venise ne joue plus de rôle militaire, se bornant à un rôle de médiateur, faisant d’elle la cité de la paix. A partir de 1510, la France devient l’ennemi.

Jules II mène en personne les combats. Louis XII exhorte les cardinaux à réunir un concile à Pise. L’empereur le soutient. Toutefois, il ne sera pas écouté. Le Pape signe un traité avec le Roi d’Espagne. C’est Don Ramon, qui prend le commandement des troupes de la Sainte Ligue. Par ailleurs, il convoque un concile à Rome, coupant l’initiative à Louis XII.

Les troupes espagnoles entre en campagne fin janvier 1512. Les Français les repoussent à Bologne. Gaston de Foix, le général français, veut profiter de la situation. Il force ses ennemis à se retirer à Ravenne. Après d’âpres combats, Gaston de Foix est tué et son armé prend la fuite. La Sainte Ligue reçoit l’appui des Suisses. Les Français sont chassés d’Italie. Le Milanais revient Massimiliano Sforza. Les Médicis récupèrent Florence, Jules II les états de César Borgia. Ce dernier meurt le 20 février 1513.


Un conflit européen
Louis XII de retour en Italie peu de temps après, reprend Milan, mais il recule devant les Suisses, supérieurs en nombre et en technique à la bataille de Novare. Louis XII doit une nouvelle fois abandonné l’Italie, car il doit faire face à une invasion au Nord des Anglais, secondés par les Suisses. Néanmoins, les Anglais perdent du temps et regagnent leur pays avant l’hiver. L’Italie s’avère être le champ de bataille privilégié d’un conflit qui la dépasse, puisque l’enjeu en est la suprématie d’une des grandes monarchies nationales sur le continent.

Les Suisses se sentant invincibles, entendent jouer un rôle politique sur la scène internationale. Ils réclament la Bourgogne et le Milanais. Sforza cède, mais les Suisses ne parviennent pas à mettre en place une politique de long terme, se contentant d’exploiter les richesses. Si leur cohésion et leur discipline au combat sont sans égales, leurs institutions politiques et diplomatiques ne sont pas à la hauteur de leur force militaire.

Louis XII fait la paix avec le Roi d’Angleterre. Il s’apprêtait à repartir pour l’Italie, quand il meurt en 1515. C’est son gendre François Ier, qui lui succède. A peine couronné, il rassemble ses troupes, signe des traités avec l’Espagne, l’Angleterre, l’Empereur, et part pour l’Italie. Allié aux Vénitiens, il retrouve l’armée suisse et les troupes de Léon X, le nouveau Pape. Les deux armées s’affrontent à Marignan, le 13 septembre. La bataille est rude et les pertes sont terribles des deux côtés, mais ce sont les Suisses qui reculent.

François Ier conquiert alors toute la Lombardie. Il signe avec les Suisses la paix de Fribourg, le 11 novembre 1516, dite « paix perpétuelle » faisant ainsi des Suisses les alliés de la France jusqu’en 1789. Léon X le rejoint à Bologne. Ensemble, ils signent un concordat réglementant les liens entre la monarchie française et la Papauté. Le Roi accroît son contrôle sur les nominations du haut clergé et se voit conférer un droit de regard sur une partie des impôts levés au nom de l’Eglise. En échange, François Ier renonce au Royaume de Naples.

La guerre entre la France et l’Espagne reprend dans le Nord, en Picardie et dans les Flandres. Cependant dès 1520, les deux armées s’affrontent de nouveau en Italie. En 1522, les Français sont battus. Le Milanais revient à Francesco Sforza. L’année suivante, la trahison du Connétable Charles de Bourbon fait basculer la balance en faveur de Charles Quint. Les Français quittent le pays. Durant leur retraite, Bayard trouve la mort le 30 avril 1524.

L’armée espagnole envahit la France par la Provence et assiège Marseille. François Ier parvient à les repousser au delà des Alpes. Il reprend Milan et entame le siège de Pavie. Le siège dure trois mois. Des renforts pour Charles V, venus d’Allemagne arrivent et encerclent les Français.


Le dénouement
A Pavie, l’armée française est massacrée et François Ier est fait prisonnier. Plus rien ne s’oppose à l’hégémonie espagnole sur l’Italie. Le nouveau Pape Clément VII souhaite garder un équilibre des forces. Il contracte des alliances avec Venise, Florence, Milan et l’Angleterre formant la Ligue de Cognac. Auparavant, François Ier renonce à tous ses droits en Italie, à la Bourgogne et cède des places fortes en Picardie. En échange de sa liberté, il est contraint de verser une rançon et de livrer ses deux fils en otages.

Le duc d’Urbino, Francesco Maria della Roviere refuse d’attaquer Milan ou de risquer une bataille rangée contre l’Espagne. Il préfère attendre les renforts de Suisse et de France, qui tardent à arriver. Par ailleurs, le Pape se demande s’il ne vaut mieux pas se réconcilier avec Charles Quint, afin d’enrayer la progression des Turcs en Europe Centrale. Profitant de ces hésitations, les Espagnols assiègent Rome.

Le 6 mai 1527, le Connétable de Bourbon lance l’assaut. Il est tué au combat, mais les armées prennent la ville. La soldatesque livrée à elle même, n’hésite pas à mettre la ville à feu et à sang. Les églises sont pillées, le Pape fait prisonnier est enfermé au château de Saint Ange. En février 1528, les soldats quittent la ville pour se rendre à Naples.

Si le retentissement du sac de la ville éternelle est considérable dans tout le monde chrétien, celui ci n’a rien réglé sur le plan militaire. L’armée française arrive en Lombardie et part sans attendre pour Naples assiégeant la ville au mois d’avril. Le siège tourne au désastre à cause des maladies et de la trahison de l’amiral Andrea Doria commandant de la flotte française.

A Florence, le peuple se soulève et chasse les Médicis. Clément VII ne voit pas d’un très bon œil cette rébellion. Il se rend à Barcelone et demande l’aide de Charles Quint en échange de la couronne impériale. De son côté, la France signe la paix avec l’Espagne par le traité de Cambrai appelé la paix des dames, car elle a été négociée par la Reine Mère et la tante de Charles Quint Marguerite d’Habsbourg. Par ce traité, les Français sont chassés d’Italie. Les troupes impériales entament le siège de Florence. Les habitants résistent vaillamment, mais finissent par capituler le 9 août 1530. Clément VII redonne le pouvoir à Alexandre Médicis et le fait duc.


L’invention de la nouvelle Europe
En 1530, toute l’Italie est sous domination espagnole. Charles Quint est couronné empereur par Clément VII, devenant ainsi le souverain le plus puissant d’Europe. Le 1er novembre 1535, le duc de Milan meurt sans héritier. François Ier réclame le duché. L’armée française pénètre de nouveau en Italie conquiert la Savoie et le Piémont, mais doit rebrousser chemin.

Au fil des ans, les affaires italiennes constituent de moins en moins l’enjeu principal des rivalités. Sous Henri II, l’Italie est encore le théâtre de quelques escarmouches, mais les véritables combats ont lieu en Picardie. Le 3 mars 1559 suite à la défaite de Saint Quentin, Henri II signe le traité du Cateau-Cambrésis par lequel il renonce à toute prétention sur la péninsule et rend ses conquêtes. Cependant, s’il ne reste rien des conquêtes militaires, les jardins, les palais, les statues, les tableaux, les lettres de l’Italie ont favorisé l’éclosion d’une renaissance française, qui a suscité une réflexion inédite sur la langue et la littérature nationales et nourri les pensées de l’état moderne.


Sources :
texte : FOURNEL. Jean Louis, Les Guerres d'Italie.
image : csdm.qc.ca

jeudi 4 novembre 2010

Charles Quint


Un bourguignon à la couronne d'Espagne
Charles Quint est né à Gand le 24 février 1500. Il est le fils de Jeanne d'Espagne et de Philippe le Beau fils de l'empereur Maximilien Ier. Charles n'a guère connu ses parents. Son père meurt en 1506 et sa mère sombre dans la mélancolie. Il est élevé par sa tante Marguerite d'Autriche, son tuteur Guillaume de Croy et son précepteur Adrien Florisjoon le futur pape Adrien VI. Sa langue maternelle est le français et il apprend l'espagnol. En revanche, il ne parlera jamais allemand. Élevé dans le culte des anciens ducs de Bourgogne, Charles hérite du rêve du grand état bourguignon.

Les Flandres forment l'héritage le plus riche de cet état bourguignon, qui tire sa puissance du commerce de la laine et de l'industrie du textile. C'est également un pôle culturel avec l'université de Louvain et la présence de nombreux savants et artistes comme Erasme et Van Eyck. Les Flandres sont sous domination espagnole depuis le XVe siècle. Celle ci n'est pas contestée, car elle favorise le commerce. En effet, les Flamands sont les négociants pour l'Espagne et leurs fournisseurs. Les deux pays ont donc toutes les raisons d'être gouvernés par le même souverain.

L'adolescence du prince est nourrie de romans de chevalerie et des mémoires des nobles bourguignons. Un ordre symbolise cet idéal de chevalerie : la Toison d'or qui est l'emblème des grands ducs de l'Occident. Charles Quint l'introduit en Espagne en 1527. De cette éducation, il conserve le goût des fêtes, des cérémonies, des banquets et des exercices physiques.

En 1504, Isabelle meurt, laissant le pouvoir au roi Ferdinand guère apprécié de la noblesse castillane. Philippe le Beau devient leur favori, mais sa mort coupe net toute tentative. Ferdinand meurt en 1516, mais sa fille, la mère de Charles Quint, est jugée inapte à gouverner à cause de ses problèmes psychologiques. Charles est alors nommé Roi de Castille et d'Aragon. Le 18 septembre 1517, il arrive en Espagne. Reste le problème de Ferdinand. Ce dernier est exilé du royaume et hérite de la couronne de Hongrie.

C'est le 18 novembre 1517 que Charles fait sa première entrée royale à Valladolid. Il est mal accueilli, car il ne parle pas encore espagnol et n'est entouré que de Flamands. Par la suite, les choses se passent mieux à Barcelone et Saragosse. Le 28 juin, il apprend la mort de son grand père et se présente à l'élection palatine.

Il est élu empereur en 1520. La noblesse ne voit pas d'un très bon œil cette élection craignant que l'Espagne ne soit plus qu'une simple province du Saint Empire. La Castille se soulève. Les insurgés veulent libérer Jeanne et la mettre sur le trône. Les communeros un groupe de nobles, refusent de favoriser la politique de Charles Quint. Ils affirment que les assemblées nobiliaires sont supérieures au roi. C'est bien une révolution qui se prépare. Charles Quint envoie l'armée et le mouvement est réprimé dans le sang. Il sait en tirer les enseignements et tâche par la suite d'être plus proche du peuple espagnol. C'est ainsi qu'il apprend la langue, nomme comme principaux ministres des Espagnols, épouse Isabelle du Portugal, qui meurt en couche le 1er mars 1539.


L'Espagne de Charles Quint
L'Empire de Charles Quint, aussi vaste soit-il n'est que la somme de principautés sans grande cohésion entre elles. Les Espagnols centre de l'Empire, ont du mal à s'accoutumer aux coutumes bourguignonnes, qu'ils jugent trop rudes. C'est Charles Quint qui fixe les règles de l'étiquette de la cour. Il s'appuie sur la plus riche province de son royaume à savoir la Castille et des assemblées regroupant l'aristocratie locale et le clergé. Mais ces assemblées ne sont pas en mesure de s'opposer au pouvoir royal. Une série de conseils assurent le fonctionnement des pouvoirs publics. Cette collégialité est une des caractéristiques de l'administration des Habsbourg et est composée en majorité de juristes.

Charles Quint favorise les exportations de laine, mais la concurrence étrangère est rude. Les autorités municipales s'inquiètent des vagabonds et des chômeurs qui errent dans les rues. Une politique salariale est mise en place, en plus de l'interdiction pour les chômeurs de toucher l'aumône. Depuis le début du siècle, l'Espagne reçoit une quantité croissante de métaux précieux, ce qui permet de combler les déficits, mais ne résout pas les problèmes sur du long terme. Les banquiers italiens, grands négociateurs doivent dépenser leurs bénéfices en Espagne. Ils achètent des matières premières et des produits agricoles, qu'ils revendent à l'étranger. Ce système accroît la pratique des exploitations agricoles et enferme le pays dans ce type de production.

L'unité religieuse de l'Espagne fait rêver. Pourtant elle est le fruit de l'inquisition et de ses méthodes rigoureuses. Par ailleurs à la fin du XVe siècle, les juifs doivent se convertir ou quitter le pays. Isabelle en 1492, décide de tous les expulser et elle repousse les musulmans en Afrique du Nord. L'inquisition réservée aux juifs, s'étend peu à peu à toutes les formes d'hétérodoxie et surtout au protestantisme.


L'Empire des Indes
En vingt ans et grâce à des aventuriers, les deux empires d'Amérique se sont effondrés et passent sous domination espagnole. Ce nouvel empire repose sur une administration simple, mais efficace. A la base dans les villes, les conquistadors mettent en place des conseils municipaux où sont tolérés les indigènes. Des fonctionnaires royaux et des juristes sont chargés de rendre la justice. En 1524 est créé le Conseil des Indes. Il a une mission d'information, de direction et de contrôle. Des rivalités existent entre les officiers royaux et les conquistadors qui considèrent ces pays comme leur appartenant, puisqu'ils se sont battus pour ça.

Les nouvelles colonies n'ont qu'un seul but le commerce. Elles doivent fournir à l'Espagne tout ce qui n'existe pas en Europe. Séville devient la plaque tournante de ce nouveau commerce. C'est surtout l'or, l'argent, les épices et les bijoux, qui font la richesse de l'Espagne. La colonisation espagnole repose sur l'exploitation du sol et du peuplement.

Dès 1511, des voix s'élèvent pour dénoncer les méthodes de colonisation. Les lois de Burgos avaient cherché à limiter les abus en réglementant le travail forcé. Un professeur de théologie de l'université de Salamanque nommé Francisco Vitoria réfléchit sur la colonisation. Pour lui, l'Espagne n'avait pas le droit de conquérir les empires américains. Toutefois, elle a le devoir d'intervenir pour mettre fin aux mœurs inhumaines et à la tyrannie exercée sur les tribus soumises aux Aztèques et aux Incas. Charles Quint tente de faire interdire les écrits de Vitoria, mais en vain. En 1542, Las Casas montre qu'il est nécessaire de préserver la population indigène et donc d'abolir le travail forcé. Une nouvelle loi transforme les indiens en sujet du roi d'Espagne, mais devant le nombre important de révoltes Charles Quint décide de la supprimer. Le 15 avril 1550, il ordonne de suspendre toutes les opérations de conquête et demande qu'une commission soit saisie du dossier. Elle se compose du Conseil des Indes et de quatre théologiens et se réunit à Valladolid. Ils ne parviennent pas à se mettre d'accord. Il n'en reste pas moine que Charles Quint a eu le courage et le mérite de demander leur avis aux intellectuels de son temps, même s'il savait que cet avis risquait d'être défavorable à sa politique coloniale.


Vers la monarchie universelle ?
C'est sous le titre d'empereur et non de roi que Charles Quint est connu. Il tenait à cette dignité et a payé le prix fort pour l'obtenir, 50.000 florins versés aux sept électeurs paladins. Charles Quint veut redonner à l'Empire sa vision médiévale, c'est à dire un empire regroupant tous les chrétiens dirigés temporellement par l'Empereur et spirituellement par le Pape. Pour lui, il est normal que tous les Européens s'unissent, afin d'éviter une invasion des Turcs et la propagation des idées de Luther. L'Empire tel que le conçoit Charles Quint a pour vocation de représenter les intérêts supérieurs de la chrétienté et de coordonner sous l'autorité morale de son titulaire, l'action des souverains nationaux pour leur éviter de s'engager dans des querelles fratricides.

La Flandre s'intègre mal à l'Empire. Des révoltes éclatent en 1538. Elles sont réprimées dans le sang. C'est le premier signe du malaise entre les Flandres et l'Espagne. Pourtant, Charles Quint est perçu comme l'enfant du pays. Il est respecté. Néanmoins, l'Espagne n'accepte pas vraiment de suivre son roi dans ses grands dessins. Elle lui fournit les crédits et les hommes toujours à contre cœur. Ni la croisade contre les Turcs ni la lutte contre le protestantisme, ne soulèvent l'enthousiasme. C'est que pour les Espagnols le danger est plus proche. Il s'agit des pirates d'Afrique du Nord, qui font de fréquentes razzias sur leurs côtes. Les Espagnols admirent la hauteur de ses vues et ils éprouvent de la fierté d'être gouverné par un si grand monarque.

Il revient à l'empereur en vertu de ses responsabilités supranationales de coordonner l'action des Etats chrétiens face au péril turc, mais le grand ennemi de l'Espagne est la France à cause de l'Italie et de la Bourgogne. La péninsule italienne est le théâtre des affrontements entre les deux grandes puissances. La France s'allie avec les Ottomans, afin de contrer la puissance espagnole en Méditerranée. Cette alliance est la preuve que la croisade est un idéal perdu. L'appui de la Papauté et de quelques états italiens ne permet pas à Charles Quint de mener une guerre ouverte contre les Turcs.

La diffusion du protestantisme pose un autre problème. Si les chrétiens sont divisés comment peut-on battre les Turcs ? D'autant plus que le schisme se développe en Allemagne terre d'Empire. Dès le début, Charles Quint réprouve Luther à qu'il reproche de bafouer les traditions séculaires de l'Eglise, mais il répugne à employer les armes. C'est ainsi qu'il ordonne la réunion de Worms en 1521. L'année suivante, le nouveau Pape Adrien VI qui était le précepteur de l'Empereur, meurt après seulement quelques mois de pontificat. Il est remplacé par Clément VII un Médicis, voulant préserver l'Italie de l'occupation étrangère. La situation s'envenime. Le Pape refuse d'ordonner un concile général comme le souhaite Charles Quint. La guerre éclate.

Au début de l'année 1527, l'armée espagnole positionnée au Nord de l'Italie se met en route pour Rome. Elle est commandée par un français le connétable de Bourbon et comprend des soldats, espagnols, italiens, allemands et suisses. Or le connétable n'a pas de fonds pour assurer la solde des soldats. Il ne les tient qu'en leur promettant le butin de Rome. L'assaut a lieu le 6 mai. Bourbon est tué dès le premier jour. Sans chef, les soldats se livrent aux pires atrocités. L'armée quitte la ville en février 1528. Des mémoires espagnols voient le jour pour justifier le sac de Rome. L'Eglise et le Pape se sont enrichis au détriment des fidèles. Charles Quint sera celui qui restaurera l'ancienne Eglise. Mais Charles Quint veut surtout se réconcilier avec le Pape. En 1530, il reçoit des mains de Clément VII la couronne impériale. Cependant, les relations restent tendues. Jamais, Charles Quint ne trouvera auprès du Pape un interlocuteur partageant ses vues sur la réforme de l'Eglise.

Adrien d'Utrecht avait inculqué à Charles Quint une foi et une pratique religieuse des plus simples auxquelles l'empereur restera toujours fidèle. Il est persuadé qu'on peut régler le schisme de Luther au prix de concessions mutuelles, sans remettre en cause le dogme. Pendant plus de vingt ans, tous les efforts de la politique impériale tendent à aplanir les différences et à rapprocher les deux camps. Les Espagnols se préoccupent peu de ce qui se passe en Allemagne. Plus le temps passe, plus les positions se durcissent et à cela se mêlent des questions politiques. Les princes allemands se servent du protestantisme pour accroître leur pouvoir. Lassé, l'Empereur entre en guerre contre les protestants, mais en vain. La paix d'Augsbourg en 1555 met un point final à tous les efforts de Charles Quint. Chaque Etat allemand se voit le droit d'imposer à ses ressortissants la religion du prince. L'Europe se constitue désormais sur d'autres bases que la foi.

Charles Quint n'a pas pu réaliser les deux grands objectifs qu'il s'était fixé. Les Turcs font des percées en Europe et le protestantisme se propage. Aussi curieux que cela puisse être, ces objectifs sont déjà anachroniques au XVIe siècle. Charles Quint avait en tant qu'empereur une vision européenne de sa politique à une époque où les Etats ne s'intéressent qu'à leurs intérêts nationaux.

Le 22 octobre 1555 à Bruxelles, Charles Quint se dépouille de la Toison d'Or et de la couronne des Pays-Bas et la remet à Guillaume d'Orange. Le 16 janvier 1556, il remet à son fils Philippe II la couronne de Castille, d'Aragon, de Sicile et des Indes. Puis, il se retire au monastère de Yuste. C'est ici qu'il passe ses dernières années. Il se promène à cheval, cultive son jardin et se livre à l'horlogerie avec l'italien Turiano. Il meurt le 21 novembre 1558 à deux heures du matin.


Source :
texte : PEREZ. Joseph : Charles Quint
image : hérodote.net

mardi 2 novembre 2010

Christophe Colomb


Dans l'obscurité de l'histoire
Ce sont les besoins économiques de l'Europe et la coupure des liens semi-directs de son commerce avec l'Asie par la conquête ottomane du Proche-Orient, qui vont ouvrir la découverte pratique du monde et fonder la géographie avortée à la fin du monde antique.

Christophe Colomb est né à Gênes dans une humble famille de tisserand en 1451. C'est en fréquentant les corsaires et notamment les corsaires français, qu'il aurait appris à naviguer dès l'âge de 14 ans. Les marins sont en général des marchands. Patrons et marins sont des salariés. Ils naviguent en fonction des engagements qu'ils trouvent. La Méditerranée est partagée en cinq puissances : Venise, Gênes, Florence, Barcelone et l'Aragon.

Le 13 août 1473, Colomb se trouve sur un navire catalan commandé par un français en train de combattre des navires génois. C'est la bataille du Cap Saint Vincent. Le bateau de Colomb s'enflamme et le marin gagne la côte à la nage.


De l'illusion au purgatoire
En 1476, Christophe Colomb se retrouve donc à Lisbonne. Il semble connaître la Méditerranée par cœur, parle plusieurs langues et écrit le latin. En 1481, la paix revient au Portugal et Jean II monte sur le trône. Celui ci s'intéresse aux navigations africaines et aux problèmes cosmographiques. Les Portugais ont deux objectifs en Afrique. Tout d'abord, établir des comptoirs et ensuite trouver une route afin de rejoindre l'Inde.

Le climat de discussions et d'interrogations sur la taille de l'Afrique et la route des Indes reste brûlant et c'est en son centre que Colomb va vivre pendant huit ans. Il acquiert rapidement la conviction et la foi de la vérité de ses thèses, qui affirment que l'on peut rallier l'Asie par l'Ouest. Il échafaude le projet de réaliser cet exploit. Il fait plusieurs voyages aux Açores et en Islande, afin de prendre des mesures sur les courants et les vents.

Comme son frère, Colomb devient cartographe. Il travaille à partir de cartes anciennes et s'efforce de les perfectionner. Il lit également les ouvrages de cosmographie. On soupçonne que le choix de son épouse ne fut pas désintéressé. Filippa Moniz Perestiello est en effet la fille du défunt gouverneur de l'île de Porto Santo. Le mariage a lieu en 1479 et Colomb va vivre un certain temps là bas. Il poursuit ses études sur les vents atlantiques et sa femme donne naissance à son premier fils Diego.

Jean II refuse de prêter à Colomb les bateaux qu'il désire. En effet, le roi ne désire plus financer de tels projets et préfère se concentrer sur l'Afrique. Par ailleurs, les conditions de Colomb lui paraissent trop exagérées. A cette époque, Colomb n'est qu'un pilote parmi tant d'autre. En 1484, sa femme meurt. Colomb quitte le Portugal et se rend en Angleterre. Henri VII trop occupé par la remise en ordre d'un royaume épuisé par la guerre des deux roses ne l'écoute pas. Colomb se rend donc en Castille et rejoint ses deux belles sœurs. Il entre en contact avec les moines de la Pabida et rencontre le père Antonio qui est astronome. Par relation, il rencontre le Duc Luis de Medinaceli, un des plus influents seigneurs de la péninsule. Convaincu du projet de Colomb, mais incapable de le financer, il accompagne le marin à Madrid et l'introduit à la cour.

Isabelle et Ferdinand semblent intéressés par le projet du marin, mais ont d'autres préoccupations pour le moment. En effet, les Espagnols souhaitent libérer leur pays des musulmans. Seule Grenade résiste encore. De plus, ils ont besoin de Colomb pour ouvrir de nouvelles routes maritimes, afin de briser le monopole portugais. En attendant une réponse favorable, Colomb tombe amoureux d'une paysanne appelée Beatriz Henriquez. En 1480, elle lui donne son deuxième fils Fernando. Il rencontre un grand nombre de clercs et d'érudits. Impatient, il réitère sa demande à Jean II, qui refuse une nouvelle fois. Surtout que Bartholomé Dias vient d'atteindre le Sud de l'Afrique. En 1491, le projet stagne. Colomb songe alors à chercher l'appui du roi de France Charles VIII. Mais en 1492, le roi et la reine d'Espagne acceptent enfin. Grenade étant tombée, ses protecteurs sont prêts à financer en grande partie le projet.


La découverte et la gloire
Le soutien des rois catholiques ne règle pas tout. Colomb doit trouver des fonds, former son équipage et passer outre toutes les critiques dont il est victime. Le 17 avril, le secrétaire du roi anoblit Colomb, lui donne le titre d'amiral ainsi que celui de gouverneur des terres fermes et à découvrir, tout cela à titre héréditaire en plus de droits commerciaux sur tout ce qui viendra des nouvelles terres. Colomb lève l'encre le 3 août 1492 avec trois caravelles : la Nina, la Pinta et la Santia Maria qui en réalité s'appelle la Maria Galante. Elle ne prendra ce nom que beaucoup plus tard. Il emmène 90 hommes d'équipage, des amis et des officiers de la couronne.

Dès le départ, une rébellion éclate, puis il faut changer les voiles pour la navigation en haute mer. Bref, l'expédition est bloquée aux Canaries pendant un mois. Durant tout le trajet, Colomb tente de rassurer ses hommes en leur montrant des signes divinatoires et en diminuant les distances à parcourir. Le 24 septembre, l'équipage est en colère. Colomb parvient une fois de plus à les rassurer. Enfin une terre apparaît le 12 octobre à deux heures du matin après 36 jours de navigation.

Colomb et son équipage ont touché une petite île dans l'archipel des Bahamas. Cette terre est habitée par les Taïnos, qui accueillent bien ces étrangers qu’ils pensent être des dieux. Les marins eux aussi sont étonnés de l'accoutrement, de l'alimentation et des manières de vivre. Colomb apprend qu'il existe d'autres îles avec de l'or. Le caractère pacifique de ces indigènes suggère à Colomb la facilité de leur évangélisation et de leur mise en servage. Anthropologie à la fois paternaliste et raciste, fondé sur le droit de la supériorité religieuse, sociale et culturelle dans le but d'imposer sa loi à l'autre. Le 15 octobre, Colomb force sept Taïnos à lui servir de guide. Colomb reprend la mer. Il baptise chaque île qu'il rencontre. Il arrive à Cuba le 28 octobre. Le 21 novembre, Pinzon s'éloigne sur la Pinta, exaspéré par la lenteur et l'autoritarisme de Colomb. Il est par ailleurs pressé de trouver de l'or. Sur la première île qu'il aborde, il trouve des indiens hostiles et est obligé de repartir. Pendant ce temps, Colomb arrive à Haïti le 6 décembre qu'il baptise l'île de la tortue à cause de sa forme. Le soir de Noël, la Santa Maria fait naufrage par manque de vigilance. N'ayant plus assez de place, Colomb fonde une colonie. Il repart le 4 janvier. Pinzon le rejoint. Les retrouvailles sont tendues, mais tout finit par rentrer dans l'ordre. Le 16, ils repartent pour l'Europe.

Le 14 février une énorme tempête éclate et manque de faire sombrer l'expédition qui parvient tout de même à rejoindre les Açores. Après avoir réparé quelque peu ses avaries, il repart le 4 mars, mais s'arrête de nouveau à Lisbonne pour la même raison, où il craint pour sa liberté. Il finit par rejoindre Séville le 11. Peu de temps après, Pinzon meurt de la syphilis, une maladie encore inconnue en Europe.

Colomb sait mettre en avant sa réussite. Il parade dans Séville et dans Barcelone avec ses indiens et son équipage, puis se rend à la cour. Il écrit un récit de son voyage qui sera publié et traduit en latin. L'accueil des rois espagnols est chaleureux, d'autant que le Portugal veut faire main basse sur ces terres. C'est le pape Alexandre VI, qui redéfinit la ligne de partage entre les deux pays.


Nouveau monde et chaos colonial
Le 25 septembre 1493, une flotte de 17 navires comprenant 100 hommes part de Cadix, afin d'établir une colonie durable. Colomb trouve une meilleure route et ne met plus que 20 jours pour arriver à destination. Il arrive le 3 novembre dans les Caraïbes et découvre une tribu portant le même nom, dont la spécificité est l'anthropophagie. Ces indigènes sont hostiles et Colomb préfère repartir pour Haïti.

Colomb retrouve sa colonie complètement dévastée et demande au Taïnos ce qui s'est passé. Les Européens se sont battus entre eux pour l'or et ont négligé les relations avec les Taïnos, ce qui a engendré une guerre. Désormais, les Taïnos fuient les Européens. Colomb préfère s'éloigner un peu et décide la construction d'une nouvelle ville qu'il nomme Isabelle. Avec la construction de la ville, les tensions entre lui et ses hommes commencent, parce qu'il les fait travailler au lieu de chercher de l'or. De plus la maladie s'en mêle favorisée par la fatigue et le manque de nourriture. L'année suivante, Colomb s'enfonce davantage dans les terres et découvre une petite vallée où il installe un fort. Après avoir laissé des instructions à ses officiers, il repart le 24 avril 1494. Il désire explorer la côte sud de Cuba. C'est ainsi qu'il découvre la Jamaïque. Il est persuadé qu'il s'agit d'îles proches de la Chine. Or il ne veut pas aller en Chine. Il n'est pas intéressé par un empire aux armes et aux bateaux innombrables, dont il ne peut pas devenir le gouverneur. C'est précisément sa conviction qui lui fait rebrousser chemin. De retour à Isabelle, il retrouve son frère Bartholemy qui vient d'arriver, mais c'est surtout une situation catastrophique qu'il découvre. Le comportement des Espagnols a fait soulever les Indiens : les rapts des femmes et la fièvre de l'or sont toujours le mélange qui brise l'utopie d'une colonisation pacifique. Colomb n'a plus le choix, il doit employer la force pour retrouver la paix.

Bartholemy chargé de la pacification a déjà tous les traits du conquistador. En mars 1495, les armées espagnoles et indiennes se font face et les Indiens sont écrasés et réduit en esclavage. Les Indiens impuissants mènent une guérilla, mais sont décimés par les nouvelles maladies. Par ailleurs, les souverains espagnols sont contre l'esclavage, s'ils ne sont pas prisonniers de guerre. Des contrôleurs sont envoyés sur place.

Le 10 mars 1496, Colomb repart pour l'Espagne. Avant de pouvoir entreprendre son troisième voyage, il faudra que Colomb attende près de deux ans pour qu'une flotte de six caravelles soit prête. Colomb a de plus en plus de mal à financer ses expéditions. Toutefois, il repart le 30 mai 1498 avec une centaine de femmes pour mettre fin au rapt des femmes indiennes. Il laisse le gros de l'équipage d'Haïti et avec le reste, il part vers le Sud-ouest. Il découvre ainsi une nouvelle terre. Cependant, les Indiens ne sont guère accueillants et Colomb continue vers l'Ouest, où les Indiens semblent plus amicaux. Colomb est à l'embouchure du Rio Grande. Colomb comprend qu'il ne s'agit pas d'une île, mais d'une terre beaucoup plus vaste.

De retour à Isabelle, il découvre que la guerre y bat son plein. Beaucoup de choses ont changé. Tout d'abord, Bartholémy a déplacé la ville davantage vers l'intérieur des terres et fonde Saint Domingue. Partout, il a imposé de lourds tributs aux Indiens. Par ailleurs, Roldon, un officier de Colomb s'est révolté en emmenant avec lui la moitié des colons. Colomb tente de reprendre les choses en main. Il offre à Roldon une grâce et la possibilité de rentrer en Espagne. Cependant Roldon est fier d'être un prince devenu indépendant.

La situation est mal stabilisée. Colomb aggrave son cas auprès des rois, car il n'envoie que des esclaves et pas d'or. Le contrôleur Bodallido arrive à Isabelle le 23 août 1500. Il s'installe chez Colomb, saisit ses papiers, libère les prisonniers espagnols, puis fait arrêter Colomb et son frère et les ramène en Espagne.


La disgrâce, les échecs, la mort
Colomb attend six semaines avant d'être convoqué par Isabelle et Ferdinand. Les deux souverains sont conciliants et modérés et s'engagent à lui restituer ses biens. En revanche, il n'est pas question de lui rendre la vice-royauté et le gouvernement des terres découvertes. C'est quelque peu écarter le découvreur de la découverte et ce dernier ne l'entend pas de cet avis. Interdit de voyage, Colomb va consacrer l'année 1501 à l'écriture d'un livre, où il évoque sa foi et la mission quasi divine dont il s'est assignée. Pour lui avant la fin des temps, le monde sera unifié sous l'unité chrétienne et Jérusalem reprise aux musulmans. La découverte du nouveau monde et son or est un pas vers cet accomplissement.

En 1502, après que Vasco de Gama commence à établir des comptoirs en Inde en contournant l'Afrique, Colomb obtient l'autorisation de reprendre la mer. Il arrive le 20 mai aux Caraïbes, mais sa flotte est prise dans un ouragan. Il en réchappe avec une poignée de marins et rejoint Cuba. Après s'être remis, il reprend la mer et se dirige vers l'Ouest. Il débarque au Nicaragua qu'il croit être le Cambodge. Ne voulant pas aller en Chine, il se dirige vers le Sud. Sur ce continent, il rencontre des Indiens plus évolués. Il croit toucher au but lors que ces derniers lui révèlent l'existence d'un fleuve appelé le Gange. Les voyages sont éprouvants à cause des maladies, des attaques d'animaux et d'Indiens. Ne pouvant plus aller loin, il retourne en Jamaïque. Sur l'île, les relations avec les Indiens sont bonnes, mais c'est encore le comportement des Espagnols qui fait aggraver la situation. Une nouvelle guerre éclate, à laquelle Colomb met fin grâce à une éclipse de lune. Cependant, même les officiers de Colomb n'hésitent plus à le trahir et se plaignent auprès des autorités espagnoles.

Le 26 novembre 1504, Isabelle meurt et laisse Colomb sans protection. Ce dernier est de plus en plus malade. Sa vue baisse terriblement. Ses voyages n'intéressent plus personne. Il n'a pas trouvé de passage vers l'Asie, juste des terres inhospitalières et des promesses d'or non réalisées. Colomb lègue tout ses biens à son fils. Il meurt en 1505 à l'âge de 55 ans.


Sources :
texte : LEQUENNE. Michel : Christophe Colomb
image : memo.fr