samedi 13 novembre 2010

Les Gallo-romains

Pax Romana
En -52, la Gaule passe sous domination romaine. En -14, Auguste ordonne le recensement du pays, afin d’établir l’impôt. Les Romains y représentent une faible part : quelques fonctionnaires autour du gouverneur de chaque province. Le reste de l’administration est assuré par des notables gaulois.

Les nouveaux territoires sont réorganisés par Auguste. La Gaule forme trois nouvelles provinces : la Lyonnaise, l’Aquitaine et la Belgique. La Gaule Transalpine possession romaine depuis le IIe siècle av JC est rebaptisée Gaule Narbonnaise. A la différence de cette province dirigée par le Sénat (province sénatoriale), les trois Gaule sont dirigées par l’empereur (province impériale). Ce dernier nomme pour le représenter un légat d’Auguste propréteur choisi parmi les sénateurs. Lyon devient la capitale fédérale.

Les populations et territoires sont regroupés en civitas, reprenant l’ancienne répartition des principaux peuples gaulois. Le chef lieu reçoit les institutions romaines. Deux magistrats les duoviri, élus annuellement assurent les tâches administratives. Ils sont assistés par les décurions, membres du sénat local. Toutes les villes n’ont pas le même statut juridique. En bas de la hiérarchie, se trouvent les cités stipendiaires assujetties à l’impôt et n’ayant aucun privilège. Les municipes et les colonies de droit latin peuvent accéder à la citoyenneté romaine. A l’intérieur des civitas, des subdivisions en pagi correspondent à d’anciens peuples. Les vici sont l’amorce de nos villages actuels.

Les Romains ne veulent pas mettre à genoux les Gaulois. Les peuples alliés de Rome sont exemptés du tribut, mais pas des autres taxes sur les terres, les héritages et sur les ventes. La perception des impôts est confiée à des fermiers. Le pays ne subit pas d’occupation militaire. Il n’y a qu’une garnison à Lyon. Les Gaulois ne se révoltent que très peu. En 21, Tibère ayant besoin d’argent impose le tribut à tous les Gaulois. Julius Florus lance la révolte chez les Trévires. Il est rejoint par les Eduens. En 68, le gouverneur de Lyon Vindex, appelle les Gaulois à se révolter contre la tyrannie de Néron. Excepté, ces deux mouvements, les Gaulois ont à cœur de montrer leur attachement à Rome en célébrant le culte impérial.

Claude est né à Lyon. Amoureux de ce pays, il finance la construction de nombreux monuments et complète le réseau routier. En 48, il essaye de faire admettre aux membres du Sénat romain, l’arrivée dans leur rang de notables gaulois.

Le latin s’impose rapidement comme langue pour l’administration, l’armée et le commerce. Des Gaulois adoptent des noms romains ou latinisent leur nom. Un enseignement de latin est dispensé à un grand nombre d’enfant jusqu’à onze ans. Seules les plus riches peuvent se perfectionner. Les élites sont désireuses d’apprendre le latin pour accéder aux magistratures.


En traversant les villes
Avant de pénétrer dans la ville, le voyageur doit traverser les nécropoles qui longent les routes. Peu de villes ont des remparts. L’enceinte exprime la puissance de la cité et la confiance que Rome lui accorde. La Gaule étant un pays pacifié, la fonction défensive ne revêt pas une grande importance. L’entrée de la ville est marquée par des portes ou des arcs.

Très souvent, les villes ont été créées de toutes pièces sur un site vierge. Néanmoins, certaines reprennent le site préromain. Les plans sont en damier et organisé autour de deux axes le cardo (Nord-sud) et le decumanus (Est-ouest). Le forum constitue le cœur de la cité. Autour d’une vaste place bordée de boutiques, s’ordonnent la basilique sorte de tribunal, le temple impérial et la curie où siègent les décurions. Les villes se dotent de tous les édifices de divertissement. Les citoyens les plus fortunés financent leur construction et les jeux s’y déroulant.

Les villes consomment beaucoup d’eau, parce qu’elles rassemblent beaucoup d’hommes et d’animaux, mais aussi parce qu’elles calquent leur mode de vie sur celui des cités italiennes, avec des fontaines, des jardins et des thermes. Pour recueillir l’eau, le citadin se rend dans des citernes ou des fontaines alimentées par des aqueducs.

Dans les quartiers, les immeubles abritent des petits logis et des grandes maisons à l’étage, tandis que les boutiques s’installent au rez-de-chaussée. Les ateliers sont regroupés en dehors de la ville. Celles ci sont de taille moyenne, comprenant entre 5.000 et 30.000 habitants. Ceux ci se fréquentent régulièrement, ce qui renforce le sentiment d’attachement à la cité.


En parcourant les campagnes
Après la conquête, les Romains confisquent les terres, les recensent pour les redistribuer. Les meilleurs lots sont attribués aux vétérans, d’autres laissés à la cité ou loués à des indigènes. Au centre du domaine, la villa est un symbole de la domination romaine. Autour d’une cour se dressent les bâtiments d’habitation (pars urbana) et ceux d’exploitation (pars rustica). Comme pour les villes, les villae peuvent être des créations ex nihilo ou des reprises de fermes gauloises. La disposition des villae varie en fonction des régions. En Belgique, elles sont disposées en longueur. En Narbonnaise, on trouve des péristyles et en Lyonnaise on adopte des plans carrés.

Le propriétaire exploitant vit dans sa ville et travaille lui même ses terres, avec sa famille et quelques ouvriers. Le marché urbain lui procure des débouchés et certaines villae sont richement décorées. Les riches propriétaires fonciers habitent la ville et font cultiver leurs terres par des exploitants sous l’autorité d’un régisseur appelé le villicus.

Les Gaulois possèdent une agriculture très développée. La charrue et la moissonneuse sont des inventions gauloises. L’outillage fabriqué dans les forges est de bonne qualité et n’a guère changé au fil des siècles. Les Romains exploitent en Gaule les plantations céréalières pour nourrir la population locale, mais aussi les armées du Rhin. La culture de la vigne va s’étendre jusqu’au Rhin. L’élevage est florissant. Les ovins sont utilisés pour la viande et la laine servant pour confectionner les lourds manteaux gaulois particulièrement renommés.


Chantiers et ateliers
Avec la conquête, les divers corps de métier sont regroupés en corporation. Dans un pays forestier, le travail du bois revêt une grande importance. On peut citer la fabrication des tonneaux et des navires. Rome a introduit le travail de la pierre. La maçonnerie fait son apparition. Les murs sont montés sur fondation en deux parements extérieurs de petits moellons appareillés, entre lesquels on bourre un mélange de pierre brute.

Les peintures et les sculptures décorent les maisons. Les toits sont couverts de tuile. Les Romains ont introduit des nouveautés dans la céramique gauloise : le moulage et la cuisson en atmosphère oxydante, permettant d’augmenter la production. Les Gaulois maîtrisent aussi le travail des métaux et des tissus. Le verre est importé par les Romains.


Circuler et commercer en Gaule
La Gaule Transalpine est traversée par la Via Domitia, reliant l’Italie et l’Espagne. La conquête achevée, le réseau routier est étendu et réorganisé par le vainqueur. Les grandes routes permettent aux légions de contrôler le pays et relient les provinces à Rome. Elles sont publiques et construites, puis entretenues par les soldats. Lyon devient le nœud gaulois des axes routiers. Le paysage routier est jalonné par des bornes militaires indiquant la direction et la distance la séparant du chef lieu de la civitas. Les routes sont jalonnées d’auberge.

Le transport fluvial demeure moins cher et est préférable pour le commerce. Les ports sont souvent situés au carrefour des voies terrestres et aquatiques. Leurs aménagements comprennent des quais, des entrepôts et parfois des bassins. Dans les grandes villes, des corporations de marchands tirent leur richesse de l’organisation des transports fluviaux, tels les Nautes à Lutèce. La Gaule est aussi pourvue de ports maritimes comprenant des chantiers navals. Au Sud, on trouve Marseille concurrencée par Narbonne, à l’Ouest Bordeaux et au Nord Boulogne. Les gros navires coûteux appartiennent aux naviculaires, des armateurs, investissant dans la construction navale et dans l’achat du fret. C’est un métier à risque, qui peut ouvrir la voie de la fortune et donc des magistratures.

Une taxe d’un quarantième de la valeur des marchandises (le quarantième des Gaules) frappe les cargaisons à leur entrée et sortie du pays. La Gaule exporte du blé, du vin, de la charcuterie, de la céramique et des objets d’orfèvrerie. Elle importe du marbre, du plomb, de l’étain, de l’huile d’olive et du vin. Si certains produits circulent sur de grandes distances, la majeure partie du commerce a pour cadre la civitas. Enfin, Rome unifie la monnaie et les mesures de compte, facilitant ainsi les échanges au sein de l’empire.


Au jour le jour
La maison gauloise d’une seule pièce, semi enterrée où s’entassent hommes et bêtes est déjà au Ier siècle, une image dépassée. Les techniques de construction importées par les Romains permettent de construire des maisons de plusieurs pièces, plus solides et plus confortables. Les riches Gaulois s’empressent d’adopter les modes italiennes. Les murs se couvrent d’enduits peints.
Les Gaulois mangent beaucoup de viande, notamment du porc. Les volailles et les poissons sont des mets plus luxueux. A cela s’ajoute du pain pétri avec de la levure de bière, des œufs, des laitages et des légumes. Les bières de céréales dont la fameuse cervoise, sont toujours consommées, même si les Gaulois boivent de plus en plus de vin mêlé d’épices et coupé avec de l’eau. Les instruments de cuisine sont multiples et dénotent d’un art culinaire élaboré.

La famille se calque sur le modèle romain et est régie par le même droit. Seul le mariage entre citoyens romains ou possesseurs du droit latin est légal. Les autres unions sont du domaine du concubinage. Les braies gauloises sont remplacées par la tunique romaine doublée d’un manteau. Les femmes ajoutent des voiles ou des châles. Les vêtements ont des teintes éclatantes, des motifs variés. La fibule sorte de broche, permet de les fermer.

Rome a introduit de nouveaux divertissements comme les thermes, le théâtre et la lecture. Des bibliothèques publiques sont présentes dans les grandes villes. Les théâtres et les arènes sont construits dans tous les centres urbains. Ils offrent des spectacles de gladiateur et de chasse.


Les dieux et les morts
Les divinités gauloises sont en rapport avec la nature et le monde animal. Les Gaulois ont assimilé toute une série de leurs dieux à leurs correspondants romains. Les dieux romanisés sont parés de leur ancien nom gaulois ou du lieu de leur vénération. Les religions orientales se sont répandues par le biais de l’armée. C’est le cas d’Isis ou de Cybèle honorées dans la vallée du Rhône. Les particuliers ont chez eux un lieu sacré, le laraire où séjournent les dieux Lares, protecteur de la maison.

Les sanctuaires publics sont souvent construits dans des lieux sacrés depuis longtemps. Les rites sont généralement pratiqués en plein air sur des autels. Les objets offerts sont déposés près de la statue dans le temple. En Gaule, beaucoup de sanctuaires sont consacrés à la médecine et installés près d’une source aux vertus curatives.

Après le décès, le mort est conduit en dehors de la ville jusqu’au cimetière. A partir du IIe siècle, l’inhumation remplace l’incinération. Il est important de marquer en surface l’emplacement de la sépulture. Cela permet de perpétuer l’identité et le souvenir du défunt et de préserver la tombe.


Source :
Texte : BECK, Françoise : Quand les Gaulois étaient romains
Image : nimaunesis.com

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